Accrochée entre ciel et mer, la Corniche Kennedy attire chaque été des jeunes prêts à braver le danger pour « l'adrénaline » et le « grand frisson ». Les sauts, parfois d'une dizaine de mètres, sont relayés sur les réseaux sociaux et imités par touristes. Le site, rendu mythique par le film Corniche Kennedy (2017) et le récit de Maylis de Kerangal, concentre incidents et controverses: deux jeunes de 18 ans ont récemment heurté le fond aux Catalans, l’un grièvement blessé, et en avril un homme de 40 ans s’est noyé après un plongeon.

Face au phénomène, les autorités multiplient les outils. Depuis 2006, la réglementation autorise seulement les sauts de moins de 3 m; les contrevenants risquent une amende de 38 à 150 euros. La brigade maritime municipale, créée en 2023, patrouille désormais quotidiennement, mais les 57 km de littoral marseillais restent difficiles à couvrir. Céline Lefléfian, directrice de la police municipale, souligne une vigilance ciblée sur les zones d’atterrissage les plus dangereuses.

Pour agir en prévention, la ville mobilise aussi une cinquantaine de médiateurs qui cherchent à dissuader sur place. Ils accompagnent parfois les convocations en mairie: l’an dernier 22 personnes ont été convoquées devant élus, policiers et représentants du procureur plutôt que d’être verbalisées, et certains jeunes, impressionnés par des témoignages d’accidents graves, signent des engagements écrits de ne plus plonger.

Malgré cela, la pression sociale et la quête de visibilité poussent d'autres à recommencer. Des touristes comme Dominik ou Romain, séduits par l'exemple local et les vidéos en ligne, se lancent depuis des falaises, parfois au prix de blessures en remontant par des rochers escarpés. À court terme, la municipalité a aussi évoqué la création de zones de plongeon encadrées, une promesse qui suscite des débats sur la préservation de la sensation de liberté ressentie par les pratiquants.