Le recul des semi-conducteurs a déjà dépassé l’ampleur moyenne des corrections passées, mais Bank of America juge qu’un véritable plancher pourrait encore nécessiter des révisions de bénéfices. L’indice Philadelphia Semiconductor, ou SOX, a perdu 37 % depuis son sommet récent, contre 32 % en moyenne lors des précédents replis étudiés par la banque.
La valorisation apporte un premier soutien. Le secteur se négocie autour de 13,7 fois les bénéfices attendus, soit une décote de 22 % par rapport aux 17,7 fois du S&P 500. Un retour vers le plancher historique proche de 12 fois impliquerait néanmoins encore environ 12 % de baisse. Autrement dit, les cours intègrent déjà beaucoup de scepticisme, mais une décote ne suffit pas à garantir un rebond.
Le scénario central de BofA prévoit une baisse supplémentaire proche de 10 %, suivie d’un creux au premier trimestre 2027. Historiquement, les semi-conducteurs commencent à reculer six à neuf mois avant le retournement des bénéfices, puis rebondissent lorsque les réductions d’estimations sont absorbées. Les reprises passées ont affiché une progression moyenne de 42 %, mais cette moyenne ne constitue pas une promesse pour le cycle actuel.
La principale inconnue reste l’investissement dans l’intelligence artificielle. Les dépenses annualisées des grands acteurs américains du cloud atteindraient environ 1 200 milliards de dollars et les anticipations dépasseraient 1 500 milliards en 2027. Une simple stabilisation au niveau actuel représenterait donc un manque d’environ 20 % par rapport aux attentes. BofA estime qu’un tel ajustement pourrait réduire de plus de 20 % les ventes des fabricants les plus exposés à l’IA et amputer leur bénéfice par action de 35 % à 40 %.
Dans le scénario pessimiste, le repli durerait jusqu’au milieu de 2027. Les spécialistes des logiciels de conception électronique comme Cadence et Synopsys, les fabricants analogiques générant beaucoup de trésorerie, ainsi que NXP, moins dépendante de l’IA, seraient alors mieux placés. Dans le scénario optimiste, un redémarrage vigoureux des dépenses favoriserait davantage Micron, Credo, Marvell, AMD et Arm.
Pour un investisseur français, notamment via un ETF technologique ou semi-conducteurs, la prudence consiste à étaler les achats. Les programmes de rachats de Lam Research, Nvidia et Micron peuvent amortir la volatilité, mais ils ne neutralisent pas le risque de baisse des résultats. Le point décisif sera moins le niveau absolu des multiples que la stabilisation des prévisions de dépenses et des estimations bénéficiaires.

