Ces dernières 48 heures, le Rassemblement national (RN) s’est retrouvé acculé sur son volet international: d’une part la suggestion du vice-président Louis Aliot d’« couper le robinet » de l’aide française à l’Ukraine, d’autre part la paraphation par Jordan Bardella d’un protocole symbolique avec Nigel Farage imaginant, en cas de victoire, le renvoi vers la France de migrants interceptés dans les eaux britanniques.

La manœuvre a fédéré une quasi-unanimité de condamnations. Edouard Philippe a ironisé en se demandant si Marine Le Pen « est sur la même ligne », Gabriel Attal a dénoncé une « grande soumission », Jean‑Luc Mélenchon a qualifié l’initiative de « misérable » et Marine Tondelier a parlé d’un « cheval de Troie » pour des puissances hostiles. Raphaël Glucksmann a raillé des « patriotes de pacotille » au sujet du RN.

Bardella a tenté de désamorcer la polémique en précisant sur BFMTV que le protocole « ne prévoit pas que nous laissions traverser des migrants » mais vise « l’arrêt de l’immigration clandestine en France ». La députée Edwige Diaz a assuré que les migrants seraient « placés en détention en prévision de leur expulsion » et Laurent Jacobelli a déclaré sur France Info que les dépenses seraient « équitablement réparties » entre Paris et Londres.

Sur le dossier ukrainien, Bardella a justifié sa position par la contrainte budgétaire: « dans une période d’endettement majeur », il jugerait « profondément irresponsable de continuer à octroyer de l’argent à des États étrangers sans aucune garantie ». Enfin, la cohésion interne est mise à l’épreuve: Marine Le Pen, silencieuse, a laissé Bardella répondre seul, révélant des dissonances publiques entre la présidente du parti et son chef de file.

Ces prises de position relancent les interrogations sur les relations historiques du RN avec la Russie, rappelées par ses rencontres passées et un ancien prêt bancaire russe, et mettent en lumière la recomposition de la stratégie européenne du parti, entre nationalisme et tentative d’apaisement sur l’Union européenne.