Amazon a déçu les investisseurs malgré une accélération remarquable de son activité cloud. Le groupe prévoit un chiffre d'affaires compris entre 240 et 247 milliards de dollars au quatrième trimestre. Le point médian de cette fourchette se situe sous l'estimation moyenne de 244,51 milliards, un signal prudent avant la période des fêtes. Le titre a reculé en séance prolongée après avoir déjà baissé pendant la séance régulière.
La principale source d'inquiétude vient toutefois de la trésorerie. Amazon indique une consommation de 42,4 milliards de dollars sur les douze derniers mois, contre une génération de 14,8 milliards au troisième trimestre de l'année précédente. Les dépenses d'investissement ont atteint 77,26 milliards, environ 20 milliards de plus que prévu par les analystes. Le groupe maintient en outre un objectif annuel proche de 220 milliards de dollars.
Ces montants reflètent la construction de centres de données et l'achat d'équipements nécessaires à l'intelligence artificielle. La logique industrielle est claire: Amazon veut disposer de capacités suffisantes pour soutenir la demande future. Mais pour l'actionnaire, la question est le délai nécessaire avant que ces actifs produisent une rentabilité supérieure à leur coût.
Amazon Web Services apporte un argument favorable. Son chiffre d'affaires a progressé de 39 %, à 46 milliards de dollars, dépassant légèrement les attentes. Il s'agit de la croissance la plus rapide du cloud depuis près de cinq ans. Cette dynamique montre que les investissements répondent à une demande réelle, mais elle ne garantit pas encore une amélioration rapide du flux de trésorerie disponible.
Le commerce électronique reste une autre variable. Les perspectives prudentes pour le trimestre des fêtes suggèrent que les consommateurs américains arbitrent davantage leurs dépenses face au coût de la vie et à l'énergie. Amazon développe des livraisons plus rapides et étend sa couverture dans les zones rurales, ce qui peut soutenir les volumes, mais aussi alourdir les coûts logistiques à court terme.
Pour l'investisseur français exposé au Nasdaq, le trimestre illustre le nouveau dilemme des grandes plateformes. La croissance du cloud et de l'IA reste forte, tandis que l'intensité capitalistique augmente brutalement. Une valorisation élevée peut résister si les revenus d'AWS continuent d'accélérer et si les marges suivent. Elle devient plus vulnérable si les dépenses restent élevées sans reprise de la trésorerie.
Les prochains trimestres devront donc montrer une conversion plus nette des investissements en revenus, puis en flux de trésorerie. Sans cette étape, la croissance d'AWS pourrait ne pas suffire à rassurer durablement le marché.

