La montée des tensions et des frappes dans le Golfe a des répercussions visibles au Koweït, particulièrement au sein de la importante communauté iranienne. Face à une nouvelle série d’attaques récentes — après une accalmie en août — un restaurant réputé a retiré le mot « Iran » de son nom (« Abshar El Kuwait ») par sensibilité à la situation. Malgré ce geste, l’établissement conserve une clientèle locale et étrangère, et ses responsables affirment que l’activité n’a pas été affectée.
Les Iraniens au Koweït, au nombre d’environ 52 000 dans un pays de près de cinq millions d’habitants, sont présents dans des secteurs variés : pêche, marchés, boulangeries, et commerce de tissus et tapis. À Moubarakiyah, le marché historique, les Iraniens constituent environ 40 % de la main-d’œuvre et gèrent des commerces importants, notamment dans le textile et la pâtisserie. Plusieurs commerçants interrogés mettent en avant des relations commerciales intactes avec la clientèle koweïtienne, mais ils expriment une angoisse diffuse et le souhait d’éviter tout conflit entre leurs deux pays.
La guerre a aussi des conséquences concrètes : perturbation du trafic aérien depuis le 28 février empêchant certains de retourner en Iran, et échanges commerciaux entre Koweït et Iran évalués à environ 300 millions de dollars en 2024, principalement pour des produits alimentaires, des tapis et des matériaux de construction. Sur le plan sécuritaire, les autorités koweïtiennes ont intensifié la répression contre des personnes soupçonnées d’appartenir à des cellules liées aux Gardiens de la Révolution, et la seule école iranienne du pays a été fermée le mois dernier, selon une source du ministère de l’Éducation.
Le sentiment général parmi les Iraniens interrogés est celui d’être « pris entre deux feux » : sans agressions directes signalées par certains, la peur et l’incertitude restent présentes, affectant la vie quotidienne et les projets familiaux, alors que la communauté demeure ancrée dans l’histoire sociale et économique du Koweït.


