Le trafic de porte-conteneurs en mer Rouge poursuit sa normalisation. D’après le suivi maritime publié par Bank of America, il a retrouvé environ 65 % de son niveau habituel au cours des deux dernières semaines, contre 50 % en septembre. Plusieurs compagnies préparent encore le retour de services sur cet axe, dont l’évitement avait allongé les routes entre l’Asie et l’Europe.
Cette amélioration peut réduire progressivement les distances parcourues, la consommation de carburant et les délais de livraison. Elle ne signifie toutefois pas un retour complet à la normale. Une partie de la flotte continue d’emprunter des itinéraires plus longs, tandis que la congestion mondiale des ports représente encore 10 % de la flotte, après des pointes comprises entre 11 % et 12 %. Bank of America prévient aussi que les perturbations liées au typhon Champi et le regroupement de navires revenant vers la mer Rouge pourraient raviver ponctuellement les tensions portuaires.
Sur le marché des conteneurs, les tarifs longue distance semblent avoir atteint un sommet. Les cotations vers l’Europe et sur le transpacifique restent néanmoins proches des niveaux élevés de l’indice Shanghai Containerized Freight Index. Une demande solide en dehors de la haute saison et une congestion encore importante soutiennent les prix. Pour les chargeurs, le reflux des coûts logistiques pourrait donc être lent et irrégulier plutôt qu’immédiat.
La situation demeure également favorable à certains segments du transport maritime. Les taux spot des très grands pétroliers ont reculé depuis leurs récents pics, mais restent exceptionnellement hauts. Les VLCC atteignent encore environ 650 000 dollars par jour sur la route Oman-Chine et 450 000 dollars entre les États-Unis et la Chine. Les courbes à terme suggèrent un taux moyen proche de 200 000 dollars par jour en 2027, mais cette indication reste sensible à la demande pétrolière, aux capacités disponibles et aux risques géopolitiques.
Le vrac sec conserve aussi une dynamique positive, avec des taux du quatrième trimestre 2026 en hausse de 31 % sur un an. Les transits de vraquiers par le canal de Panama reculent parallèlement de 30 %, malgré l’amélioration récente des niveaux d’eau. Enfin, la demande de transport de véhicules a progressé de 9,4 % en septembre et de 10,4 % sur les neuf premiers mois de 2026.
Pour les investisseurs, le tableau est contrasté. La normalisation de la mer Rouge peut peser sur les tarifs des porte-conteneurs, mais soutenir les industriels et distributeurs exposés aux coûts de fret. Les pétroliers, le vrac sec et le transport automobile bénéficient encore d’indicateurs robustes. La vitesse réelle du retour des navires, l’évolution de la congestion et la trajectoire des taux spot seront déterminantes pour départager gagnants et perdants.


