Le départ forcé de José Gabriel Espinoza, destitué par décret après un vote de censure adopté par 91 des 129 parlementaires présents, marque un nouveau revers pour le gouvernement de centre droit de Rodrigo Paz. Espinoza était visé pour son absence devant les élus afin d’expliquer l’émission d’obligations souveraines et les retards dans l’élaboration du budget de l’État; il avait justifié son absence par des déplacements à Santa Cruz puis au Brésil. Le gouvernement avait d’abord contesté la censure devant le Tribunal constitutionnel, arguant que la majorité des deux tiers requise n’avait pas été atteinte.

Oscar Mario Justiniano Pinto, ministre de la Production durable, de l’Environnement et de l’Eau, a été nommé à titre intérimaire. Cette destitution intervient dans un contexte politique et social déjà tendu: quelques semaines plus tôt, le gouvernement avait été confronté à sept semaines de manifestations et de barrages menés par paysans, ouvriers et enseignants réclamant des réponses à la crise économique et la démission de Paz.

Sur le plan macroéconomique, la Bolivie fait face à des indicateurs préoccupants — épuisement des réserves internationales en dollars, déficit public persistant, production d’hydrocarbures en déclin, économie stagnante et pénuries chroniques de carburants — même si l’inflation a fortement reculé (de 21% en glissement annuel en novembre à 5% en juillet). Sous Espinoza, le gouvernement avait négocié des financements auprès de la BID, de la CAF et du FMI pour un montant d’environ 9,5 milliards de dollars, visant à stabiliser la situation après la suppression des subventions au carburant à l’arrivée de Paz.

Enfin, le pouvoir cherche à attirer des investissements étrangers et a soumis mi-août un projet de nouveau régime d’investissement avec incitations et changements réglementaires. Le départ d’Espinoza pourrait ralentir ou réorienter ces négociations, alors que la crédibilité budgétaire et la gouvernance économique sont désormais au centre des critiques.