BP a nettement dépassé les attentes au troisième trimestre. Le bénéfice sous-jacent au coût de remplacement, l'indicateur privilégié par le groupe pour mesurer sa performance, a atteint 8,46 milliards de dollars. Le consensus compilé par l'entreprise tablait sur 7,33 milliards, tandis que le résultat comparable n'était que de 2,2 milliards un an plus tôt. Il s'agit d'un record depuis l'adoption de cette définition du bénéfice.
Cette accélération repose d'abord sur un environnement énergétique très favorable. La hausse des prix du pétrole et des carburants, dans le contexte du conflit avec l'Iran, s'est accompagnée de marges de raffinage exceptionnellement élevées. La marge indicative de BP a ainsi atteint 46,7 dollars par baril, contre 29,6 dollars au trimestre précédent et 15,8 dollars un an auparavant. La division Clients et produits a dégagé 6,95 milliards de dollars de bénéfice avant impôts, au-dessus des 6,3 milliards attendus.
La génération de liquidités constitue l'autre élément important. Le flux de trésorerie d'exploitation s'est élevé à 14,8 milliards de dollars et la dette nette a reculé à 13,9 milliards. BP atteint ainsi son objectif d'endettement avec un an d'avance. Une partie de l'excédent servira à régler les engagements encore liés à Deepwater Horizon. Les dettes et provisions restantes associées à la catastrophe sont évaluées à 5,94 milliards de dollars, après 69 milliards déjà provisionnés au fil du temps.
Pour l'investisseur, ces chiffres confirment l'effet de levier considérable des majors pétrolières lorsque les cours et les marges progressent ensemble. Le titre gagnait 1,2 % en début de séance, contre seulement 0,1 % pour l'indice européen de l'énergie. Un bilan moins endetté peut aussi offrir davantage de souplesse pour financer les investissements ou rémunérer les actionnaires. Cette capacité dépend toutefois d'une conjoncture qui peut se retourner rapidement.
La qualité du trimestre ne doit donc pas masquer les risques. BP a comptabilisé 4 milliards de dollars de dépréciations, principalement dans ses activités de transition. Les dépréciations récentes dépassent 5 milliards et concernent notamment Archaea, Lightsource BP et d'autres projets bas carbone. Cela souligne les difficultés de l'ancien virage stratégique et la nécessité de mieux sélectionner les investissements.
La prochaine étape sera la présentation stratégique du 15 décembre. Le marché cherchera surtout des précisions sur l'allocation du surplus de trésorerie, la trajectoire de désendettement et la discipline d'investissement. Le record trimestriel est solide, mais sa valeur durable dépendra de la capacité de BP à transformer une rente cyclique en amélioration structurelle du rendement et du bilan.

