Les marchés ont fixé un prix nettement plus élevé pour la dette française : l'OAT à dix ans a atteint 4,27 % le 2 septembre, un niveau jamais vu depuis novembre 2008. L'écart avec le Bund allemand s'est élargi à environ 89 points de base, le Bund étant à 3,39 %. Dans ce contexte, la France emprunte désormais plus cher que l'Italie, l'Espagne et même la Grèce, qui empruntait autour de 4,07 %.
La trajectoire de la dette publique est au centre des tensions : l'encours s'élève à 3 536 milliards d'euros, soit 117,5 % du PIB. Cette année Paris doit refinancer près de 175 milliards d'anciens titres souvent émis autour de 1 %, à des taux supérieurs à 4 %. Le poste des intérêts est en forte hausse : 66 milliards en 2025, 77 milliards cette année, un niveau qui rivalise désormais avec le budget de l'Éducation nationale. Le taux moyen de l'encours reste autour de 2 % mais le taux marginal dépasse 4 %, et chaque adjudication tire la moyenne vers le niveau actuel.
L'Agence France Trésor a placé des souches à des taux nettement relevés : des 2036 à 4,19 % et 4,23 %, une 2040 à 4,51 % et une 2046 à 4,74 %. Les OATi (2028-2039) confirment aussi que l'inflation et le coût de l'énergie continuent de peser. Fitch a maintenu la note A+ fin août et Moody's doit rendre son verdict le 23 octobre. Le projet de loi de finances pour 2027 est attendu fin septembre ; Bercy a qualifié le texte de « réversible » à huit mois de la présidentielle.
Sur le plan politique et discursif, Olivier Delamarche a répondu à Matthieu Pigasse qui proposait d'« annuler » les 20 % de dette détenue par la Banque de France. Delamarche rappelle que l'annulation déplace un passif et que, si l'État bloquait, l'effort retomberait sur l'épargne des Français (assurance-vie, fonds en euros, livrets). L'analyse partagée est celle d'un pays qui n'a pas perdu l'accès au marché, mais a cessé d'être le « cœur sûr » de la zone : croissance nulle au T2, chômage à 8,3 % et dépenses publiques autour de 57 % du PIB sont autant d'éléments qui pèsent sur la perception des prêteurs.


