L’inflation transforme la vie quotidienne en Iran et nourrit une colère persistante. Des habitants décrivent des dépenses courantes devenues difficiles à assumer et une forte incertitude sur l’avenir. Ce malaise économique s’inscrit dans un climat politique où l’expression publique du mécontentement expose à des risques importants.

Plusieurs témoins disent avoir renoncé à manifester après la répression des mobilisations de janvier. Shadi raconte avoir craint une arrestation et évoque les traces de violence observées après les protestations. Reza, 26 ans, et Sanaa, 33 ans, expliquent ne plus croire qu’un nouveau mouvement suffira à changer le régime, après l’emprisonnement, l’exécution ou la mort de militants.

La guerre déclenchée en février par les États-Unis et Israël a aussi renforcé la défiance envers les puissances étrangères. Hamid, installé à Istanbul, estime que les interventions occidentales répondent d’abord à leurs propres intérêts. Cette perception ne signifie pas un soutien au pouvoir iranien : elle traduit plutôt un rejet simultané de la répression intérieure et d’une pression militaire extérieure jugée peu soucieuse du sort de la population.

Le détroit d’Ormuz et les ressources pétrolières restent au cœur du rapport de force. Ces actifs donnent au pouvoir iranien un levier stratégique qui dépasse la situation sociale du pays. La combinaison de tensions internes, de guerre et de fragilité économique rend toutefois l’évolution difficile à prévoir : les témoignages éclairent le vécu de la population, sans permettre à eux seuls de mesurer l’ampleur nationale de la contestation.

Ces récits convergent sur un point : la contrainte économique et la peur politique se renforcent mutuellement, sans déboucher nécessairement sur une action collective visible.