L'ancien ministre Mykhaïlo Fedorov, évincé lors d'un remaniement gouvernemental en juillet, a rompu avec son image de gestionnaire pour lancer une offensive politique. Dans une vidéo au ton de campagne, il a dénoncé la corruption et proclamé la nécessité de « restaurer un processus démocratique », affirmant que l'éradication de la corruption relevait d'une « question de survie ». Agé de 35 ans, il bénéficie d'un certain engouement populaire et de manifestations de soutien à Kiev.

Le contexte rend cependant son pari très risqué. Le mandat présidentiel de Volodymyr Zelensky a expiré en mai 2024, mais la loi martiale liée à l'invasion russe empêche tout scrutin depuis 2022. Les obstacles pratiques sont majeurs: vote des militaires mobilisés, millions de réfugiés à l'étranger et électeurs résidant dans les territoires occupés. Zelensky et une large partie de l'appareil politique jugent par conséquent inenvisable d'organiser des élections tant que dure le conflit.

Les réactions à l'appel de Fedorov sont contrastées. Des partisans se sont rassemblés pour le soutenir au moment où le Parlement confirmait la nomination de son successeur à la Défense, mais plusieurs observateurs et sympathisants ont exprimé des réserves sur sa nouvelle posture politique. Le politologue Volodymyr Fessenko voit dans la vidéo une tentative de se positionner comme chef de l'opposition, ciblant selon lui le « collectif Zelensky » plutôt que le président personnellement.

Les sondages et analystes institutionnels tempèrent cependant l'impact potentiel de son mouvement. L'Institut de sociologie de Kiev (KIIS) relève que seulement 15% des Ukrainiens estiment que des élections devraient avoir lieu avant la fin de la guerre, et que la majorité souhaite des « patriotes » plutôt que des politiciens en ce moment. Parallèlement, des critiques croissantes ciblent l'absence de dialogue entre la présidence et la société civile, thème repris par les manifestants réclamant davantage d'écoute du gouvernement.

L'initiative de Fedorov cristallise donc un dilemme: une jeunesse politique en quête de leadership et de renouvellement face à un consensus pragmatique majoritaire qui privilégie la continuité et la gestion du conflit avant la relance du processus électoral.