La bataille pour le contrôle de Delfin entre dans une nouvelle phase. Leonardo Maria Del Vecchio, l’un des héritiers du fondateur d’EssilorLuxottica, a proposé de racheter les participations de cinq ou six autres actionnaires de la holding familiale. Selon une source proche du dossier, il aurait obtenu auprès de Citi une capacité de financement pouvant atteindre 22 milliards d’euros. La banque et Delfin n’ont toutefois pas commenté cette information.
L’enjeu dépasse le seul équilibre entre héritiers. Delfin détient 32,4 % d’EssilorLuxottica, ce qui en fait son principal actionnaire. La holding possède également environ 10 % de Generali, 17,5 % de Monte dei Paschi di Siena et une participation minoritaire dans UniCredit. La valeur boursière cumulée de ces actifs cotés approche 43 milliards d’euros. Une recomposition du capital de Delfin pourrait donc peser sur la gouvernance de plusieurs groupes majeurs, même si elle ne change pas immédiatement leurs activités ni leurs résultats.
Le projet intervient alors que les huit actionnaires de Delfin possèdent aujourd’hui des parts égales. Leurs désaccords ont donné davantage de latitude au conseil d’administration. Une concentration du contrôle autour de Leonardo Maria Del Vecchio pourrait rendre les décisions stratégiques plus lisibles. Elle pourrait aussi accroître les risques liés au financement si l’acquisition repose fortement sur la dette ou sur des garanties adossées aux participations cotées de la holding.
Ces incertitudes sont importantes. La proposition ne contient pas encore de détails financiers, selon la source, et un plan plus précis est attendu d’ici au 7 novembre. Leonardo Maria Del Vecchio avait déjà tenté plus tôt en 2026 de racheter les parts de deux actionnaires dans une opération estimée à environ 10 milliards d’euros. Le projet avait échoué, les banques n’ayant pas obtenu les garanties nécessaires. La nouvelle offre prévoirait soit un achat immédiat de la totalité des parts visées, soit une structure progressive.
Un autre facteur complique le dossier. L’homme d’affaires tchèque Michal Strnad aurait présenté la semaine précédente une offre de 30 milliards d’euros pour acquérir Delfin. La concurrence entre projets peut soutenir la valorisation implicite de la holding, mais elle augmente aussi le risque d’une surenchère et d’un endettement excessif.
Pour l’investisseur d’EssilorLuxottica, le point central consiste à distinguer le contrôle de Delfin d’une acquisition directe d’actions supplémentaires du groupe coté. À ce stade, aucun changement opérationnel chez EssilorLuxottica n’est confirmé. La réaction des autres héritiers, les garanties exigées par les prêteurs et les droits de vote futurs de Delfin seront plus déterminants que le montant annoncé à lui seul.



