À Addis-Abeba, au Convention Center, plusieurs centaines de femmes tigréennes ont célébré Ashenda en robes habesha kemis et coiffures traditionnelles, mêlant chants et danses guidés par le kebero. Ashenda, originaire du Tigré et célébrée aussi dans l’Amhara et en Érythrée, marque la fin du jeûne orthodoxe de Filseta et est devenu un symbole d’émancipation féminine. Pour beaucoup, la fête est aussi une parenthèse culturelle et un moment de promotion de la paix.

Les participantes ont exprimé un sentiment d’angoisse prononcé face aux menaces d’un nouveau conflit. Moins de quatre ans après un accord de paix censé mettre fin aux hostilités de 2020-2022, des tensions opposent de nouveau le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui contrôle la région, et le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed. L’AFP rappelle que la guerre de 2020-2022 a fait au moins 600 000 morts et déplacé des centaines de milliers de personnes, et que des recrutements forcés dans les rangs du TPLF ont été documentés.

Les autorités du Tigré accusent les forces fédérales d’avoir mené des frappes de drone en août; la plus récente, jeudi à Mekelle, a fait, selon un médecin sur place, treize blessés. Ces événements poussent de nombreux Tigréens à fuir la région par crainte de nouveaux combats. Plusieurs jeunes femmes présentes à Addis, dont Tiras Gebregziabher et Tsadeye Werash, ont dit prier pour leurs proches restés au Tigré et se montrer pessimistes quant à l’avenir.

Pour d’autres, comme Muluberhan Argawi, l’absence de possibilité de célébrer Ashenda au Tigré cette année est un regret et un espoir pour l’an prochain. La célébration à Addis apparaît ainsi comme un acte de préservation culturelle et de solidarité, mais aussi comme un témoignage de la fragilité de la paix dans le nord de l’Éthiopie.