Goldman Sachs estime que la construction accélérée d’infrastructures d’intelligence artificielle commence à produire un effet inflationniste visible dans les économies développées. Selon l’analyse publiée par la banque, les pressions directes liées à l’IA représentent actuellement environ 0,1 point de pourcentage d’inflation dans la plupart des pays développés hors États-Unis. Le principal canal identifié est le renchérissement des composants, notamment de la mémoire, fortement sollicités par les centres de données.
Aux États-Unis, les prix de la mémoire contribueraient déjà à hauteur de 19 points de base à l’indice core PCE, la mesure d’inflation privilégiée par la Réserve fédérale. Goldman Sachs anticipe un pic plus marqué d’ici le premier trimestre 2027 : environ 50 points de base pour le core PCE américain, contre 20 points de base pour le core CPI. Dans les autres marchés développés, l’effet direct atteindrait environ 19 points de base en glissement annuel.
La transmission ne sera toutefois pas identique partout. Hors des États-Unis, l’électronique grand public pèse davantage dans certains indices de prix. La hausse du coût des composants pourrait donc se répercuter plus nettement sur les ménages. En intégrant les différents canaux, la banque évalue la hausse moyenne de l’inflation sous-jacente à 25 points de base dans les économies développées hors États-Unis au premier trimestre 2027, avec un écart potentiel allant jusqu’à 33 points de base par rapport aux tendances de long terme. Le Japon pourrait subir un impact de 0,3 point, et le Royaume-Uni de 0,2 point.
Le soutien à l’activité serait plus contenu. Goldman Sachs chiffre l’effet moyen sur le PIB des marchés développés à 0,3 % d’ici fin 2026. L’Australie se distinguerait avec 0,6 %, devant la zone euro à 0,2 % et le Royaume-Uni à 0,1 %. La concentration de la production des équipements de centres de données chez des exportateurs asiatiques limiterait les retombées dans les autres régions.
Pour l’investisseur, ce scénario complique la lecture de l’IA. La demande d’équipements peut soutenir les fabricants de composants et leurs fournisseurs, mais une inflation plus persistante peut retarder l’assouplissement monétaire et peser sur les obligations longues ainsi que sur les actions dont la valorisation dépend fortement de bénéfices futurs. Les entreprises d’électronique grand public pourraient également subir une pression sur leurs marges si elles ne répercutent pas entièrement la hausse des coûts.
Le scénario reste temporaire selon Goldman Sachs. Les tensions devraient refluer en 2027 avec l’apaisement attendu des prix de la mémoire. L’ampleur réelle dépendra donc du calendrier d’investissement des centres de données, de la capacité de production des fabricants et de la vitesse de transmission aux prix de détail. Ces estimations ne constituent pas une trajectoire certaine, mais elles ajoutent un risque inflationniste à surveiller dans les anticipations de taux.



