Le gouvernement de Mark Carney met en application ses mesures de rétorsion commerciale: dès mardi, des droits de douane supplémentaires de 15, 25 ou 50 % s’appliqueront à plusieurs centaines de catégories de produits importés des États-Unis — produits laitiers, meubles en bois et en métal, cannes à pêche, entre autres. Ottawa évalue à 27,6 milliards de dollars le montant des importations américaines touchées par ces surtaxes.

Concrètement, ce sont d’abord les entreprises importatrices qui devront payer ces nouveaux tarifs; elles pourront ensuite absorber une partie du coût ou le répercuter sur les consommateurs. Selon Philippe Bourbeau (HEC Montréal), «ultimement, c’est très souvent le consommateur qui finit par payer», et Julian Karaguesian (McGill) estime que «bien plus que 50 %» du coût pourrait effectivement retomber sur les ménages.

L’impact variera fortement selon les produits: si un importateur peut remplacer un fournisseur américain par un fournisseur canadien, européen ou asiatique, le produit américain pourrait disparaître des rayons sans hausse de prix notable. En revanche, lorsque les alternatives sont rares, les détaillants auront tendance à augmenter leurs prix pour compenser les tarifs.

Stratégiquement, les contre-tarifs ont été conçus pour limiter les perturbations côté canadien tout en ciblant des États américains pivot et républicains, afin d’exercer une pression politique sur Washington. Le but affiché d’Ottawa est d’améliorer sa position avant d’éventuelles futures négociations plutôt que de «faire mal» aux États-Unis pour le seul plaisir de riposter.

Les économistes préviennent toutefois des coûts: une prolongation des tarifs pourrait alimenter l’inflation, réduire les marges des entreprises et peser sur le pouvoir d’achat des Canadiens. Mais le Canada semble mieux préparé qu’au début du conflit, plusieurs entreprises ayant déjà diversifié leurs sources et marchés, ce qui pourrait limiter les ruptures majeures dans les chaînes d’approvisionnement.