Les témoignages recueillis par l’AFP décrivent des familles du Zimbabwe, du Botswana et d’Afrique du Sud confrontées aux conséquences humaines des recrutements vers la Russie. Rodwin Chitewere, mère d’un jeune Zimbabwéen de 23 ans, attend le retour du corps de Tanaka Muzirikazi, mort après avoir été blessé lors d’une attaque de drone, quatre mois après son départ. D’autres familles, comme celle de Dylan Goodho, disent avoir été induites en erreur : le père du jeune homme croyait qu’il partait en Tanzanie pour travailler dans l’importation de voitures, alors que Dylan a avoué être en Russie seulement une fois sur place.

Les chiffres et enquêtes cités éclairent l’ampleur du phénomène : Harare a reconnu en mars la mort de 15 de ses ressortissants « sur des champs de bataille étrangers » et plus de 60 coincés en première ligne. Le collectif All Eyes on Wagner a publié les noms de plus de 1 400 Africains recrutés entre janvier 2023 et septembre 2025, dont plus de 300 seraient morts. Les projets ukrainiens de suivi évoquent 69 Sud-Africains engagés et dix décès confirmés pour l’Afrique du Sud, tandis que le Botswana a signalé un nombre « alarmant » de recrues et au moins deux morts recensés par juin.

Les rapatriés qui ont pu revenir racontent la peur intense et l’absence d’expérience militaire, ainsi que le manque de suivi : promesses d’accompagnement psychologique non tenues, difficulté d’accès aux ressources financières et blessures graves, comme la perte d’une jambe d’un Botswanais hospitalisé en Russie. Des poursuites ont été lancées au Zimbabwe contre cinq personnes suspectées de recrutement et Duduzile Zuma-Sambudla a démissionné après une enquête pour son rôle présumé dans le recrutement de Sud-Africains.

Les familles demandent des rapatriements dignes, des funérailles et des poursuites judiciaires pour les recruteurs présumés. Le récit met en lumière le mélange de tromperie, d’exploitation et d’absence de prise en charge des victimes et de leurs proches.