La dispute tarifaire entre Ottawa et Washington a des répercussions concrètes pour des entreprises et des travailleurs des deux côtés de la frontière, mais n’a pas provoqué une crise macroéconomique majeure de l’inflation ou du chômage. Les échanges commerciaux persistent et les marchés boursiers se portent étonnamment bien, même si les nouveaux droits imposés depuis l’an dernier aggravent les coûts pour certains secteurs et ménages.
Au cœur du différend, l’auteure identifie surtout une crise de respect: le sentiment d’affront des Canadiens face aux actions du président Donald Trump fragilise une relation que l’on croyait privilégiée. La couverture médiatique contraste aussi fortement entre les deux pays — l’enjeu était omniprésent dans les grands médias canadiens tandis qu’aux États-Unis il figurait parmi d’autres nouvelles, parfois relégué au second plan par CNN, le New York Times ou PBS.
La dépendance commerciale du Canada aux États-Unis reste structurelle et contraignante. En 2024, les États-Unis absorbaient 76 % des exportations canadiennes, part retombée autour de 70 % en 2025. D’autres marchés sont marginalement représentés: l’Inde à 0,70 % et l’Allemagne à 0,79 % en 2024. Les industriels de biens tels que meubles, vêtements ou fenêtres disposent de peu de ressources logistiques pour se redéployer rapidement vers d’autres destinations.
La géographie, les infrastructures partagées et des liens humains et institutionnels rendent la désintégration des relations nord‑américaines irréaliste à court terme. Reste que, pour de nombreux Canadiens, la crise tarifaire est perçue comme une brèche profonde dans la dignité de la relation bilatérale, tandis que pour de nombreux Américains il s’agit d’un dossier parmi d’autres défis nationaux — santé, sécurité et démocratie.
Le discours de Mark Carney à Davos est présenté comme un idéal lointain: utile comme horizon mais difficilement atteignable face aux réalités économiques et politiques immédiates.

