Le dilemme est simple : patienter pour espérer une baisse des taux, ou acheter maintenant pour verrouiller une offre et un taux déjà jugé « raisonnable » en 2026. Les taux moyens sur 20 ans sont passés de 3,23 % au deuxième trimestre à 3,54 % en septembre, tandis que les prix des biens affichent une hausse annuelle de 0,2 % selon les Notaires de France. L’offre demeure pléthorique et la marge de négociation importante, mais la trajectoire des taux et des prix rend le calcul délicat.

Des simulations chiffrées illustrent le risque. Pour un achat à 250 000 € financé sur 20 ans au taux actuel, le coût total (capital + intérêts) s’élève à 349 210 €. Si les taux baissent de 0,25 point mais que les prix augmentent de 2 %, l’acheteur économise 843 €. En revanche, une hausse des prix de 3 % ferait grimper la facture de 2 572 €, et une progression de 5 % coûterait 9 403 € de plus. Selon ces estimations, une augmentation des prix de 3 % doit être compensée par une diminution des taux de 0,33 point ; pour +5 %, il faudrait -0,55 point.

Ces scenarios semblent toutefois peu probables à court terme : une baisse supérieure à 0,50 point paraît difficile à envisager compte tenu d’une inflation dans la zone euro plus forte que prévu par la Banque centrale européenne. Julie Bachet, directrice générale de Vousfinancer, alerte même sur la possibilité d’un « retour vers les 4 % » si les tensions inflationnistes et obligataires persistent. L’approche de l’élection présidentielle ajoute une couche d’incertitude : une victoire d’« une majorité politique n’ayant jamais exercé le pouvoir » pourrait accroître la prime de risque sur la dette française et se répercuter sur les taux de financement.

Dans ce contexte, les acheteurs déjà financés doivent peser soigneusement le risque de reporter leur projet : l’équilibre entre évolution des taux et évolution des prix déterminera si l’attente sera profitable ou coûteuse.