Les taux d'intérêt des principaux États ont progressé cet été, alourdissant le coût de leur endettement. En France, l'obligation à 10 ans cote autour de 4,10%, un point haut depuis 2008; début janvier elle valait 3,50% et était proche de 3% en janvier 2025. L'Allemagne, référence de la zone euro, voit son taux 10 ans grimper au‑dessus de 3,20%, un niveau inédit depuis 2011. Aux États‑Unis, le rendement du 10 ans a dépassé 4,70% (plus haut depuis 2023) et le 30 ans a atteint 5,30%, un record depuis 2007.

La dynamique tient à plusieurs explications concomitantes. L'inflation reste à prendre en compte: en France l'Insee a mesuré une hausse des prix de 2,1% en juillet, ce qui ramène le taux réel des emprunts français autour de 2%. Depuis 2022, la vague d'inflation post‑Covid et le choc énergétique lié à la guerre en Ukraine ont poussé la BCE à durcir sa politique monétaire, rompant avec des taux historiquement bas.

Les États émettent davantage: la dette américaine a dépassé 40.000 milliards de dollars cet été, soit environ quatre fois le niveau de 2008. Selon Charlotte de Montpellier (ING), l'augmentation continue des dettes publiques, l'assouplissement des règles budgétaires en Allemagne pour financer réarmement et infrastructures, et la concurrence des emprunts du secteur technologique pèsent sur l'offre de titres et exigent des primes de risque plus élevées.

D'autres éléments aggravent la situation: la récente flambée des prix de l'énergie liée à la guerre au Moyen‑Orient renforce les craintes d'inflation, et l'incertitude sur la politique monétaire américaine depuis l'arrivée de Kevin Warsh à la Fed «a brouillé le message», rendant le financement à long terme plus risqué. En France, les incertitudes budgétaires et politiques liées au budget et à l'élection présidentielle de 2027 peuvent entraîner une prime de risque supplémentaire, sans toutefois aboutir selon Natixis Investment Managers à une crise de confiance de type grec.

La conséquence financière est immédiate: la charge de la dette augmente mécaniquement. En France, le service de la dette est devenu le premier poste du budget (hors pensions), devant l'éducation, ce qui creuse le déficit, réduit les marges de manœuvre et pèse sur la croissance. À court terme, la hausse des taux se répercute aussi sur les taux prêtés aux ménages et entreprises, affectant crédits à la consommation et immobiliers.