Le prix du pétrole a de nouveau franchi la barre symbolique des 100 dollars le baril alors que le conflit irano‑américain autour du détroit d'Ormuz prend une nouvelle ampleur. Lançaient les hostilités, Washington a frappé cinq pétroliers iraniens, et Téhéran a répondu en ciblant une base américaine en Jordanie. Le détroit d'Ormuz représente environ 20% du trafic pétrolier mondial, d'où un effet immédiat sur les marchés et sur les capacités d'approvisionnement.

Thierry Coville (IRIS), spécialiste de l'Iran, souligne que l'intensification militaire pèse surtout sur les économies occidentales via l'explosion des prix des carburants et des tensions sur les capacités de raffinage. Pour l'Iran, le blocus américain est déjà sévère et les sanctions rendent difficile toute capacité de contournement. L'inflation en Iran a atteint près de 90% en juillet, illustrant le coût élevé supporté par la population.

Sur le plan stratégique, Coville note que le contrôle et l'arsenal balistique de l'Iran, ainsi que sa capacité à menacer le détroit, expliquent en partie la surprise de certains observateurs quant à la résistance iranienne face à la puissance israélo‑américaine. Téhéran n'envisage pas d'abandonner la carte du détroit d'Ormuz et a même évoqué la mise en place d'un système de péage avec le sultanat d'Oman pour tirer parti de sa position.

Malgré la montée des tensions, des tractations diplomatiques existent: une délégation du Qatar s'est rendue récemment à Téhéran pour discuter d'un plan de paix. Les Iraniens réclament un retour au protocole d'accord de juin, exigence refusée par les États‑Unis qui estiment dominer le rapport de force. Coville conclut que, dans la situation actuelle, ni Téhéran ni Washington ne tirent avantage de l'escalade, et que le conflit devient progressivement intenable pour les deux parties.

Enfin, l'agression extérieure a renforcé un sursaut nationaliste en Iran et consolidé le soutien au pouvoir, malgré la détérioration économique — un paradoxe politique qui complique toute perspective de sortie de crise.