Le prix du pétrole a de nouveau dépassé la barre symbolique des 100 dollars le baril alors que le conflit entre Washington et Téhéran sur le détroit d’Ormuz — voie de passage de 20% du pétrole mondial — prend un tour militaire marqué. Selon l’entretien, les récentes frappes américaines contre cinq pétroliers iraniens et la riposte iranienne visant une base américaine en Jordanie illustrent une escalade qui renforce la nervosité des marchés pétroliers.

Thierry Coville (IRIS) souligne que l’effet direct de cette tension pèse davantage sur les économies occidentales que sur l’Iran lui‑même : le blocus américain a déjà lourdement frappé l’économie iranienne, avec une inflation avoisinant 90% en juillet. Toutefois, l’augmentation des prix des carburants et les perturbations des capacités de raffinage amplifient l’impact inflationniste à l’étranger, rendant la stratégie américaine coûteuse et, à terme, difficilement tenable même pour les États-Unis.

Du point de vue stratégique, Coville rappelle la défiance profonde de Téhéran envers l’administration de Donald Trump, marquée par deux attaques pendant des négociations — lors de la « guerre des Douze Jours » en 2025 et de la « guerre des 40 jours » en 2026 — et l’importance accordée par l’Iran à son arsenal balistique et au contrôle du détroit. Cette maîtrise du détroit est présentée comme un levier susceptible de faire grimper les prix de l’essence et d’affaiblir politiquement l’exécutif américain.

Malgré la polarisation et les destructions économiques, l’auteur observe un renforcement du nationalisme iranien et un soutien accru au régime, au-delà de sa base habituelle. En parallèle, des efforts diplomatiques existent : une délégation qatarie s’est rendue récemment à Téhéran pour évoquer un plan de paix, mais les négociations sont bloquées par le refus américain de revenir au protocole d’accord de juin, que réclament les Iraniens. Coville conclut que ni Téhéran ni Washington ne tirent avantage d’une escalade qu’ils contribuent pourtant à entretenir.