La confrontation irano-américaine autour du détroit d’Ormuz, passage de 20 % du pétrole mondial, a pris une nouvelle étape avec des frappes américaines sur des pétroliers iraniens et une riposte visant une base américaine en Jordanie. Cette montée d’intensité a immédiatement fait grimper les prix du pétrole, reflétant la vulnérabilité des approvisionnements maritimes et des capacités de raffinage.
Thierry Coville souligne un paradoxe stratégique : malgré le blocus et une inflation interne très élevée, l’Iran n’est pas réduit au silence. Le contrôle du détroit et un arsenal balistique crédible permettent à Téhéran de peser sur les marchés et la politique extérieure américaine. La population iranienne endure économiquement, mais montre un sursaut nationaliste qui renforce temporairement le pouvoir en place.
La stratégie iranienne vise à user politiquement l’administration américaine en rendant les prix de l’essence douloureux pour les électeurs occidentaux. Coville estime que sécuriser militairement le détroit coûterait très cher aux États-Unis et que, sur le long terme, l’escalade est insoutenable pour les deux camps. En parallèle, des canaux diplomatiques subsistent : des discussions initiées par le Qatar témoignent d’un intérêt pour négocier, mais l’exigence iranienne d’un retour au protocole d’accord de juin bute sur le refus américain.
Au plan domestique, la guerre a modifié l’équilibre social en Iran : malgré l’impact économique, aucune grande contestation publique n’est apparue; au contraire, un réflexe nationaliste élargi soutient le régime. La situation demeure donc un mélange de pression économique, de calcul stratégique et d’environnement diplomatique incertain, où chaque action militaire ou politique a des répercussions immédiates sur les marchés et le soutien interne.


