Le conflit irano‑américain autour du détroit d'Ormuz a pris une nouvelle tournure avec des frappes américaines contre des pétroliers iraniens et une riposte iranienne visant une base américaine en Jordanie. Ces événements interviennent alors que le prix du pétrole repasse la barre symbolique des 100 dollars le baril, reflétant la sensibilité immédiate des marchés à toute augmentation de l'intensité militaire dans une zone qui concentre 20 % du trafic pétrolier mondial.

Thierry Coville souligne le paradoxe de la situation : le renchérissement des carburants et les tensions sur les capacités de raffinage affectent directement les économies occidentales tandis que l'Iran, déjà ciblé par un blocus américain, ne parvient pas à en atténuer les effets. La stratégie américaine fondée sur la pression économique pour « mettre Téhéran à genoux » montre ses limites, car sécuriser durablement Ormuz par la force est coûteux et, à terme, intenable pour Washington.

Du côté iranien, la capacité de résistance militaire étonne y compris la population, selon Coville. L'arsenal balistique iranien et le contrôle du détroit constituent la clé de son pouvoir de nuisance : en maintenant ou perturbant les flux, l'Iran influence les prix mondiaux de l'énergie et cherche aussi à peser sur le climat politique américain, notamment en vue d'impacts électoraux.

Enfin, malgré la montée des tensions, des initiatives diplomatiques existent en arrière‑plan : une délégation qatarie a récemment discuté d'un plan de paix à Téhéran. Les Iraniens conditionnent tout retour à un accord au respect d'un protocole de juin, tandis que les États‑Unis estiment dominer le rapport de force. Cette impasse laisse les deux parties perdantes d'une escalade qui poursuit ses effets économiques et politiques.