La BCE pourrait avancer plus prudemment que prévu dans son cycle de resserrement, selon J. Safra Sarasin. La banque privée suisse estime que l’institution devrait laisser ses taux directeurs inchangés lors de sa prochaine réunion, malgré les pressions inflationnistes liées à l’énergie. Elle ne prévoit plus que deux hausses, en décembre puis en mars 2027.

Cette révision ne traduit pas un apaisement complet de l’inflation. Elle repose surtout sur le durcissement déjà visible des conditions financières dans la zone euro. Les rendements souverains ont progressé et les écarts de taux des pays périphériques se sont élargis, avec une attention particulière portée aux inquiétudes budgétaires françaises. Autrement dit, une partie du resserrement monétaire est déjà transmise par les marchés avant même une nouvelle décision de la BCE.

La prochaine conférence de Christine Lagarde sera donc scrutée pour ses commentaires sur les obligations françaises et la fragmentation financière. J. Safra Sarasin juge néanmoins très improbable une activation de l’instrument de protection de la transmission, ou TPI, en raison du respect incomplet du cadre budgétaire européen par la France.

L’analyse contraste avec la trajectoire envisagée pour les États-Unis. La banque anticipe une hausse de 25 points de base de la Fed en décembre, puis trois relèvements trimestriels en 2027, jusqu’à un taux terminal de 4,75 % à 5 %. Il s’agit dans les deux cas de prévisions d’un établissement financier, non d’engagements des banques centrales.

Pour l’investisseur européen, l’enjeu est double : la direction des taux directeurs et l’évolution des spreads souverains. Les banques, l’immobilier, les valeurs endettées et les obligations pourraient réagir davantage au discours sur la France et la transmission monétaire qu’au statu quo attendu sur les taux.