La Banque du Canada a relevé son taux directeur de 25 points de base, à 2,5 %, conformément aux attentes du marché. Il s’agit de sa première hausse depuis juillet 2023 et de son premier changement de politique monétaire depuis un an. Le taux officiel d’escompte passe à 2,75 % et la rémunération des dépôts à 2,45 %.
La banque centrale justifie sa décision par un risque inflationniste plus élevé. L’inflation annuelle a atteint 3,2 % en septembre, au-dessus de la limite supérieure de sa fourchette cible comprise entre 1 % et 3 %. La hausse des prix du pétrole et des coûts de transport pourrait se transmettre à un ensemble plus large de biens et de services. L’objectif de cette hausse est donc de limiter les effets de second tour avant qu’ils ne s’installent.
Les nouvelles projections montrent que le retour à la cible prendra du temps. La Banque du Canada prévoit une inflation à 3,5 % vers la fin de 2026, puis proche de 3 % pendant une grande partie de 2027. Elle n’envisage un retour autour de 2 % que vers le milieu de 2028. Sa prévision pour 2027 a été relevée à 3,1 %, contre 2 % précédemment.
L’économie a toutefois mieux résisté que prévu. La croissance pour 2026 est désormais estimée à 1 %, contre 0,7 % auparavant. Le produit intérieur brut a progressé à un rythme annualisé de 3,3 % au deuxième trimestre et les données disponibles suggèrent encore une activité proche de 2 % au troisième. La consommation, l’investissement des entreprises et les exportations ont soutenu cette résilience.
Ce tableau reste fragile. La banque centrale anticipe un ralentissement au quatrième trimestre sous l’effet de nouveaux droits de douane américains. Le marché du travail présente encore des capacités inutilisées, l’immobilier demeure peu dynamique et la consommation pourrait se modérer. La hausse des taux ressemble donc davantage à une mesure préventive qu’au début assuré d’un long cycle de resserrement.
Pour un investisseur européen, cette décision est instructive au-delà du Canada. Elle montre qu’un choc énergétique peut obliger une banque centrale à resserrer sa politique même lorsque la croissance reste modeste. Les obligations canadiennes, les valeurs immobilières et les entreprises endettées peuvent être particulièrement sensibles à cette évolution. Le dollar canadien pourrait bénéficier d’un différentiel de taux plus favorable, mais sa trajectoire dépendra aussi du pétrole et de l’économie américaine.
Les prochaines statistiques d’inflation et d’emploi seront décisives. Une nouvelle accélération renforcerait la probabilité d’autres hausses, tandis qu’un ralentissement marqué de l’activité pourrait conduire la banque centrale à temporiser.


