L'économie américaine a progressé de 3,4 % en rythme annualisé au troisième trimestre, selon l'estimation préliminaire du département du Commerce. Le consensus tablait sur 3,2 %. La consommation des ménages et les investissements des entreprises liés à l'intelligence artificielle ont compensé l'effet négatif de la hausse des prix de l'énergie.
Ce rythme dépasse nettement les 2 % que certains responsables de la Réserve fédérale considèrent comme une croissance compatible avec une inflation stable. La performance réduit le risque d'une récession à court terme, mais elle donne aussi à la banque centrale davantage de latitude pour maintenir une politique monétaire restrictive.
La consommation, qui représente plus des deux tiers de l'économie, a augmenté de 3,8 % au troisième trimestre, soit le même rythme qu'au trimestre précédent. Le faible niveau des licenciements soutient encore les dépenses. Cependant, les ménages épargnent moins et utilisent davantage leurs réserves pour préserver leur niveau de consommation. Cette situation ne peut pas être extrapolée indéfiniment.
La hausse des prix de l'essence, au-dessus de 4 dollars le gallon en moyenne selon les données citées, pèse sur le pouvoir d'achat. Les salaires n'ont pas toujours suivi l'inflation, ce qui explique le contraste entre une croissance forte et un moral des consommateurs dégradé. Les chiffres agrégés restent solides, mais leur ressenti est très différent selon le niveau de revenu et la part des dépenses contraintes.
Les investissements liés à l'IA constituent l'autre moteur majeur. Les entreprises technologiques ont engagé et financé des projets considérables dans les centres de données et les infrastructures. Ces dépenses stimulent aujourd'hui le PIB, l'industrie et la construction. Leur rendement futur reste cependant incertain. Si les entreprises réduisent leurs projets face à des coûts trop élevés ou à des revenus insuffisants, ce soutien pourrait rapidement s'affaiblir.
Pour l'investisseur, la combinaison d'une croissance robuste et d'une inflation toujours élevée est ambivalente. Elle favorise les entreprises cycliques et les groupes exposés aux investissements, mais elle peut aussi maintenir les taux obligataires à un niveau élevé. Les valorisations des actions de croissance restent donc sensibles aux décisions de la Fed.
La prochaine étape sera d'observer la qualité de la croissance: évolution de la consommation réelle, rythme d'épargne, investissements productifs et création d'emplois. Une économie forte n'est durable que si ces moteurs peuvent se maintenir sans dépendre excessivement du crédit, de la baisse de l'épargne ou d'un seul thème d'investissement.


