La hausse des taux souverains est nette et généralisée. Aux États-Unis, le rendement du Treasuries à 10 ans a atteint 4,71% mardi, puis a reculé à 4,64% après l’annonce par le Trésor d’un programme de rachat d’obligations, sans pour autant inverser la tendance haussière. En Europe, les OAT françaises dépassent 4%, l’Olo belge s’approche de 4% et le bund allemand a grimpé jusqu’à 3,26%, un niveau inédit depuis environ 15 ans.

Plusieurs facteurs expliquent ce mouvement. Le spectre de l’inflation, renforcé par la remontée des prix de l’énergie liée au conflit en Iran, pèse sur les anticipations. Frank Vranken (Edmond de Rothschild Europe) souligne que le marché obligataire semble compenser l’absence d’un resserrement monétaire plus marqué, et il pointe aussi la crainte de ventes japonaises de Treasuries. À cela s’ajoutent des émissions records d’obligations d’entreprises américaines — environ 1 500 milliards de dollars — par des groupes comme Meta, Nvidia ou Microsoft, qui ont saturé l’offre disponible.

Les conséquences budgétaires sont au cœur des inquiétudes : la charge d’intérêts monte alors que la dette américaine a franchi le seuil des 40 000 milliards de dollars, plaçant le service de la dette en troisième poste de dépenses. Arnaud Delaunay (Leleux) estime que la politique de taux zéro de la BCE a seulement repoussé l’ajustement nécessaire, et que l’euro empêche désormais certains mécanismes de correction macroéconomique antérieurs.

Malgré ce contexte, les marchés actions tiennent : le S&P et l’Eurostoxx 50 ont gagné près de 13% depuis le début de l’année, soutenus par des perspectives bénéficiaires jugées solides. Pour Frank Vranken, il est prématuré de parler d’un « krach » obligataire : les niveaux actuels restent, selon lui, comparables à des épisodes passés, comme les taux très élevés observés en Belgique au début des années 1980 selon BNP Paribas Fortis.