Depuis 2008 et de nouveau en 2020, les banques centrales ont élargi leur rôle: elles ne se contentent plus de prêter aux établissements en difficulté mais interviennent comme teneurs de marché pour préserver la liquidité. Cette mutation vise à empêcher les ventes forcées de déstabiliser les marchés obligataires, mais elle crée un signal d’assurance qui fait baisser le risque perçu par les investisseurs et favorise un recours accru à l’effet de levier.

Les chiffres soulignés par l’analyse sont frappants: les positions des hedge funds sur les bons du Trésor américain ont grimpé à 2.400 milliards $ fin 2025, contre 600 milliards $ dix ans plus tôt selon la Fed de Dallas. Ces acteurs utilisent parfois un effet de levier pouvant atteindre 100 fois leur mise pour exploiter des arbitrages de basis trade entre obligations d’État et produits dérivés, amplifiant ainsi les risques en période de stress de marché.

Des responsables comme Huw Pill, économiste en chef de la Banque d’Angleterre, avertissent que les mécanismes conçus pour réduire la vulnérabilité financière peuvent engendrer de nouvelles fragilités. Les interventions ciblées — par exemple les achats temporaires de gilts par la Banque d’Angleterre en 2022 — ont réussi à stopper des ventes forcées sans compromettre la trajectoire du resserrement monétaire, offrant un cadre potentiellement plus vertueux.

Le défi politique et opérationnel est de concevoir des dispositifs d’urgence qui restaurent la liquidité sans devenir une « garantie permanente ». L’expérience récente montre aussi le risque d’effets secondaires: le dispositif de sauvetage bancaire de la Fed en 2023 a été utilisé par des banques saines comme source de financement bon marché, forçant les autorités à durcir les conditions avant sa cessation.