Une vaste enquête de la Mission des Nations unies en Afghanistan (Unama) dressée et relayée par l'AFP conclut que la plupart des civils touchés par le conflit afghan (2001-2021) sont «abandonnés» : pas de justice, pas de réparations ni de reconnaissance de leurs souffrances. Depuis 2009 Unama recense plus de 40 000 morts et 77 000 blessés civils imputables aux attaques des talibans, de l'Etat islamique, mais aussi aux opérations des forces de la République afghane et de la coalition internationale.
Les témoignages recueillis à Kaboul illustrent l'ampleur humaine de ces chiffres. La colline Tapa-e-Shuhada porte les tombes de nombreuses victimes, notamment dans la communauté hazara ciblée par des attentats. Parmi les cas cités, Suhaila, 21 ans, a été tuée à l'université; Muhammad Hadi, 17 ans, est décédé après une attaque revendiquée par l'EI contre un centre de préparation aux examens en octobre 2020. Mohammad, 25 ans, blessé lors de la même attaque, a vu son parcours scolaire brisé et souffre aujourd'hui de traumatisme psychologique.
Unama souligne l'impact psychologique massif : parmi près de 200 victimes interrogées, 95% évoquent pertes de mémoire, dépression ou pensées suicidaires. Les tentatives d'obtenir réparation ou poursuites ont majoritairement échoué — que ce soit au niveau local sous la République, où un plan d'action pour la «Paix, Réconciliation et Justice» n'a jamais été entièrement appliqué, ou après l'accord américano-taliban de 2020 qui n'incluait aucune disposition pour les victimes.
Les autorités talibanes au pouvoir ont promulgué une loi d'amnistie et n'ont pas manifesté publiquement de volonté de juger les violations du droit humanitaire. Au plan international, les efforts pour traduire les auteurs en justice restent limités : quelques procédures sont en cours (procès en Australie, décision néerlandaise d'indemniser des proches, enquête britannique) tandis que la CPI a restreint son enquête aux crimes attribués aux talibans et à l'EI.


