Shinya Tsukamoto, de retour à la Mostra de Venise où il concourt avec « Mr. Nelson, Did you Kill People ? », adapte le récit autobiographique de l’ancien combattant Allen Nelson. Le film suit Nelson, Marine afro‑américain envoyé au Vietnam en 1966, incarné par Rodney Hicks, et retrace sa lente chute psychologique : atrocités commises sur le terrain, souvenirs traumatiques et vie ensuite dédiée au témoignage. Des flashbacks réalistes plongent le spectateur dans la jungle vietnamienne, montrant la traque du « Viet Cong », les massacres de civils et l’incendie de villages.

Tsukamoto explique avoir été frappé par l’honnêteté du témoignage d’Allen Nelson et par la volonté de filmer « du point de vue du bourreau ». Le jeune Nelson est interprété par Mark Merphy ; Geoffrey Rush joue le docteur Daniels, psychiatre qui accompagne sa longue thérapie. Le cinéaste insiste sur le poids durable du trouble de stress post‑traumatique (TSPT) — non seulement sur l’ancien combattant mais aussi sur sa famille et les générations suivantes.

Articulant un propos pacifiste récurrent dans son œuvre (il était déjà venu à Venise en 2018 avec « Killing »), Tsukamoto veut que le public « ressente la guerre » et en sorte marqué, avertissant que même si les formes de la guerre évoluent — « guerre +à l’ancienne+ ou guerre de drones » — la souffrance des victimes reste la même. Le film pose la question adressée à Nelson par une enfant : « Mr. Nelson, Did you Kill People ? », titre et fil conducteur d’une œuvre qui privilégie l’identification du spectateur pour susciter un refus de la violence.

Le cinéaste, connu pour son film culte « Tetsuo: The Iron Man » (1989), explore ici l’universalité des violences de guerre et l’ambivalence morale des soldats pris dans les conflits.