La remontée des rendements des bons du Trésor américain reflète avant tout une économie jugée plus solide, selon Rob Dishner, responsable du trading et gérant senior chez Neuberger Berman. Son diagnostic est que la consommation et l’investissement restent robustes, tandis que le marché du travail demeure équilibré. Le mouvement obligataire serait donc davantage lié aux anticipations de croissance qu’à une aggravation du risque inflationniste ou budgétaire.

Cette lecture est importante pour les marchés d’actions. Une hausse des taux motivée par une croissance résistante n’a pas les mêmes conséquences qu’un bond causé par une inflation incontrôlée. Elle peut accompagner de meilleurs bénéfices d’entreprises, mais elle relève aussi le taux d’actualisation appliqué aux valeurs de croissance et augmente le coût du financement.

Neuberger Berman souligne que le rendement du Treasury à dix ans se maintient depuis environ une semaine entre 5,20 % et 5,35 %, malgré une volatilité accrue. Le marché doit absorber plusieurs facteurs : la situation française, les chiffres d’inflation attendus la semaine suivante et les émissions américaines à dix et trente ans. La fermeture du marché obligataire pendant un week-end prolongé peut aussi provoquer des ajustements de positions.

Le marché du travail reste le principal point de bascule. Une dégradation marquée pourrait peser sur la croissance et l’inflation, et attirer rapidement l’attention de la Réserve fédérale. Le gérant anticipe par ailleurs une poursuite de la désinflation jusqu’en 2027. Pour les investisseurs, le prochain test viendra donc de la cohérence entre inflation, activité et résultats d’entreprises : une croissance solide avec une inflation en reflux favoriserait un scénario d’atterrissage maîtrisé, tandis qu’un maintien durable des taux élevés pourrait comprimer les valorisations.