Les actions mondiales continuent de grimper même si les taux d’État ont retrouvé des niveaux pré-2008, une situation que plusieurs gérants ont débattue lors d’une webconférence le 3 septembre 2026. Laurent Chaudeurge (BDL), Florian Ielpo (Lombard Odier) et David Mellul (Varenne) ont confronté leurs diagnostics: bénéfices records d’un côté, pressions budgétaires et montées des dépenses liées à l’intelligence artificielle de l’autre.
Les intervenants soulignent des chiffres saillants: des taux souverains aux États-Unis, en France et au Royaume‑Uni revenus à des niveaux observés entre 2000 et 2007, alors que les ratios dette/PIB sont désormais 2 à 2,5 fois supérieurs. Chaudeurge alerte que, si la dette américaine était refinancée immédiatement au taux actuel du bon du Trésor à 10 ans, le déficit pourrait atteindre environ 10% du PIB selon ses calculs, rapprochant la situation de pays comme l’Égypte ou l’Algérie.
L’IA alimente l’optimisme mais soulève des doutes: cinq hyperscalers (Amazon, Microsoft, Meta, Oracle, Alphabet) devraient investir environ 6.000 milliards$ d’ici 2030 dans centres de données et infrastructures. Chaudeurge estime qu’ils devront générer 3.000 milliards$ de chiffre d’affaires d’ici 2030 pour atteindre un rendement de 10%, tandis que Ielpo rappelle une étude de la Fed prévoyant un apport limité de l’IA de 0,2–0,3% à la croissance annuelle de la productivité américaine.
Sur la composition des portefeuilles, les divergences sont nettes. Ielpo et Mellul se disent plutôt exposés (niveau 8/10 sur une échelle d’appétit pour le risque), alors que Chaudeurge se place à 5/10. BDL a réduit son exposition nette aux actions à 10–15%, privilégiant des titres de qualité méconnus (technologies médicales, boissons) et certaines « perdantes de l’IA ». Varenne reste pleinement engagé, gérant le risque via une analyse macro et des positions courtes.
La dynamique des bénéfices soutient néanmoins les marchés: 86% des entreprises du S&P 500 ont dépassé les attentes selon Mellul, et plusieurs valorisations se sont améliorées, réduisant les multiples moyens. Mais la montée de la volatilité, alimentée par plus de 50% du volume de marché provenant d’opérations systématiques et quantitatives, impose aux gérants actifs une plus grande agilité.


