Les investissements massifs nécessaires à l’intelligence artificielle ouvrent un nouveau terrain de croissance aux grands gestionnaires d’actifs alternatifs. Raymond James considère qu’Apollo Global Management, Owl Rock Capital et Ares Management disposent d’une position favorable pour financer les centres de données et les équipements informatiques indispensables au déploiement de l’IA.
Cette analyse repose sur des échanges menés par la banque avec des professionnels du marché du crédit. Leur constat est que la capacité de prêt demeure solide, malgré une concurrence plus forte entre investisseurs au cours de l’année écoulée. Même les éditeurs de logiciels considérés comme vulnérables à une disruption par l’IA continuent, à ce stade, de refinancer leur dette. Le marché ne semble donc pas fermé aux emprunteurs technologiques, même si la qualité des actifs et des contreparties devient déterminante.
Raymond James estime que les marchés de la dette devraient disposer de ressources suffisantes pour financer les projets d’infrastructure liés à l’IA. Les centres de données attirent particulièrement les prêteurs lorsqu’ils sont occupés par des locataires jugés solides. Dans ce cas, les flux de loyers et la qualité du client offrent une meilleure visibilité sur le remboursement. Owl Rock et Ares disposent déjà d’une expérience dans ce segment, un avantage au moment où les capacités opérationnelles et l’expertise technique prennent davantage de poids dans la sélection des projets.
Le financement des processeurs graphiques, ou GPU, présente un profil différent. Ces équipements sont indispensables aux calculs d’IA, mais leur durée de vie économique et leur valeur de revente sont difficiles à évaluer. Une nouvelle génération de puces peut rapidement réduire l’attractivité des modèles précédents. Malgré cette incertitude, Raymond James s’attend à ce que des capitaux continuent d’affluer grâce à différentes structures de financement à court terme.
Apollo pourrait jouer un rôle majeur sur ce marché. La banque estime que les conditions proposées peuvent offrir des rendements ajustés du risque attractifs, même en tenant compte de l’incertitude sur la valeur résiduelle des GPU. Pour les trois gestionnaires cités, la demande de crédit privé liée à l’IA peut donc soutenir les volumes investis, les commissions de gestion et les performances des fonds.
Pour l’investisseur, cette thèse élargit l’exposition à l’IA au-delà des fabricants de puces et des groupes technologiques. Elle reste néanmoins dépendante de la discipline de souscription. Un ralentissement des investissements, la défaillance d’un locataire, une obsolescence plus rapide des GPU ou une concurrence excessive entre prêteurs pourraient réduire les rendements. Les prochaines publications devront montrer si la croissance des actifs financés s’accompagne de protections contractuelles suffisantes et d’un risque de crédit maîtrisé.

