Robinhood a publié un bénéfice inférieur aux attentes au troisième trimestre, malgré une activité soutenue sur les options et les marchés de prédiction. La plateforme américaine a dégagé 0,51 dollar par action, contre 0,55 dollar attendu selon LSEG. Le titre a reculé d’environ 4,2 % après la clôture.
Le principal point faible vient des cryptomonnaies. Les revenus de transaction associés ont chuté de 55 % sur un an, à 120 millions de dollars. Cette baisse reflète un environnement moins porteur pour les actifs numériques, marqué par une volatilité élevée et des sorties de capitaux. Le bitcoin a perdu près de 8 % depuis le début de l’année, tandis que la remontée des taux et les tensions géopolitiques ont renforcé l’attrait relatif des placements traditionnels.
Robinhood a toutefois compensé une partie de ce recul par d’autres activités. Le chiffre d’affaires total lié aux transactions a augmenté d’environ 19 %, à 867 millions de dollars. Les revenus des options ont progressé de 31 %. Ceux des contrats liés à des événements ont été multipliés par plus de six, confirmant l’essor rapide des marchés de prédiction.
Selon la direction financière, cette nouvelle activité représente déjà un rythme de revenus proche de 500 millions de dollars par an, moins de deux ans après son lancement. Les contrats sportifs et non sportifs progressent tous deux fortement, avec une part plus importante pour les événements non sportifs dans les volumes globaux. Cette diversification peut réduire la dépendance de Robinhood aux cycles des cryptomonnaies, mais elle introduit aussi des risques réglementaires et réputationnels encore difficiles à quantifier.
Les dépenses constituent l’autre source de prudence. Les charges d’exploitation ont augmenté de 16 %, à 739 millions de dollars. Cette progression provient notamment de provisions pour pertes sur crédits plus élevées, du développement de nouvelles activités et d’un effort marketing accru. La croissance des revenus transactionnels ne s’est donc pas entièrement transformée en bénéfice supplémentaire.
Pour l’investisseur, la publication révèle un modèle en transition. Robinhood n’est plus seulement un courtier dépendant des actions et des cryptomonnaies. Les options et les marchés de prédiction deviennent des moteurs significatifs, ce qui élargit les sources de revenus. Mais cette évolution rend aussi les résultats plus sensibles à des activités volatiles, à l’évolution de la réglementation et au comportement des particuliers.
La valorisation devra intégrer ces deux dimensions. Une accélération durable des marchés de prédiction pourrait soutenir la croissance, tandis qu’un retour de l’activité crypto offrirait un levier supplémentaire. À l’inverse, des dépenses durablement élevées ou un durcissement réglementaire pourraient freiner l’amélioration des marges. Le prochain enjeu sera donc moins la croissance brute que la capacité à convertir ce nouveau mix d’activités en bénéfices récurrents.

