S&P Global Ratings a changé de ton sur Meta. L'agence a abaissé de stable à négative la perspective attachée à la note de crédit du groupe, estimant que l'ampleur de ses investissements dans l'intelligence artificielle crée une incertitude inhabituelle sur sa génération de trésorerie. La note n'est pas immédiatement dégradée, mais cette perspective signale un risque accru à moyen terme.

Meta prévoit entre 135 et 145 milliards de dollars de dépenses d'investissement annuelles. Le groupe finance des centres de données et des puces avancées afin de renforcer sa position dans l'IA. Cette stratégie absorbe une part croissante de ressources autrefois disponibles pour les rachats d'actions, les dividendes ou la réduction de la dette. Au troisième trimestre, Meta a enregistré un déficit de flux de trésorerie disponible de 2,12 milliards de dollars, alors que cet indicateur était positif un an plus tôt.

Le principal doute porte sur le calendrier de monétisation. S&P considère que Meta dispose de moins de leviers directs que certains concurrents pour transformer rapidement ses infrastructures d'IA en revenus additionnels. Les améliorations apportées à la publicité, à la recommandation de contenus ou aux assistants numériques peuvent soutenir la croissance, mais leur contribution doit dépasser l'augmentation des coûts d'énergie, de matériel et de calcul.

L'agence prévoit désormais un flux de trésorerie disponible négatif de 39 milliards de dollars en 2026, puis de 71 milliards en 2027. Elle estime aussi que le ratio d'endettement pourrait dépasser 1 fois dès 2027, seuil qu'elle associe à la note AA- de l'émetteur. Des dépenses élevées pourraient maintenir les flux négatifs au-delà de 2028. Ces projections restent des scénarios et dépendront du rythme réel des investissements, des recettes publicitaires et de la discipline financière du groupe.

Pour l'investisseur français exposé à Meta via un ETF mondial ou américain, l'enjeu dépasse la seule solvabilité. Une hausse de l'endettement peut renchérir le financement, réduire la flexibilité pour rémunérer les actionnaires et accroître la sensibilité du titre aux déceptions. Elle peut aussi peser sur les obligations du groupe si le marché exige une prime de risque plus importante.

La réaction boursière immédiate est restée limitée en séance prolongée, mais l'action a perdu plus de 4% sur la semaine et enchaîne cinq semaines de baisse. Cette relative stabilité ne doit pas masquer le changement de perception: le marché commence à traiter les dépenses d'IA comme un engagement financier à rentabiliser, et non plus seulement comme une promesse de croissance.

Le scénario positif repose sur une accélération des revenus publicitaires et des produits d'IA, capable de restaurer rapidement les flux. Le risque inverse serait une poursuite des investissements sans gains proportionnels, avec une pression durable sur la valorisation et la qualité de crédit.