Wall Street a connu une séance de forte aversion au risque vendredi, avec un repli d'environ 3,4% du Nasdaq, de 2,1% du S&P 500 et de 1,1% du Dow Jones en milieu d'après-midi. Le mouvement a été déclenché par les publications d'Intel et d'Amazon, jugées insuffisantes face aux attentes élevées entourant l'intelligence artificielle et les dépenses nécessaires pour développer les infrastructures associées.
La correction a été particulièrement brutale dans la technologie. Amazon perdait près de 31%, tandis qu'Intel reculait d'environ 2%. Nvidia cédait plus de 5% et AMD plus de 12%. L'indice des semi-conducteurs abandonnait près de 9%, avec des baisses également marquées chez Dell et HP. Au total, Amazon et Intel risquaient d'effacer près de 200 milliards de dollars de capitalisation, tandis que la perte du Nasdaq 100 pouvait dépasser 1 000 milliards de dollars sur la séance.
Pour l'investisseur français exposé aux actions américaines, directement ou via des ETF, le message est important. Le marché ne rémunère plus automatiquement toute dépense liée à l'IA. Il distingue davantage les entreprises capables de transformer leurs investissements en chiffre d'affaires, marges et flux de trésorerie, de celles dont les besoins de financement augmentent sans visibilité suffisante sur les rendements futurs. Cette sélection peut accroître la volatilité des grands indices, très concentrés sur quelques valeurs technologiques.
La baisse ne traduit toutefois pas un effondrement général des résultats. Sur 299 sociétés du S&P 500 ayant publié, 82% avaient dépassé les attentes, selon les données citées par LSEG. Les analystes anticipaient encore une croissance annuelle des bénéfices de 31,6% au troisième trimestre. Les groupes pétroliers Exxon Mobil et Chevron progressaient d'ailleurs après des résultats supérieurs aux prévisions, illustrant une rotation sectorielle plutôt qu'une capitulation uniforme.
La largeur du mouvement mérite aussi d'être suivie. À la Bourse de New York, les titres en baisse étaient près de deux fois plus nombreux que les hausses. Sur le Nasdaq, ce rapport dépassait trois contre un et les nouveaux plus bas étaient nettement plus nombreux. Cette dégradation indique que la nervosité ne se limitait pas à deux publications, même si la technologie concentrait l'essentiel des pertes.
Le risque principal reste celui d'une compression durable des multiples si les dépenses d'investissement continuent d'augmenter plus vite que les bénéfices. À l'inverse, une amélioration des flux de trésorerie ou des indications plus précises sur la monétisation de l'IA pourrait stabiliser le secteur. Pour un portefeuille diversifié, cette séance rappelle l'intérêt de surveiller la concentration des ETF américains et d'éviter de confondre croissance structurelle et valorisation sans limite.

