La confiance des ménages français s’est fortement détériorée en octobre. L’indicateur synthétique de l’Insee a perdu cinq points, à 80, contre une moyenne de longue période fixée à 100. Il atteint ainsi son plus bas niveau depuis juin 2013, signalant un pessimisme nettement supérieur à la normale sur la situation économique et financière.
La dégradation vient d’abord du ressenti personnel. Le solde d’opinion sur la situation financière future a reculé de neuf points en un mois, tandis que celui portant sur la situation récente a baissé de six points. Les ménages se montrent aussi plus prudents sur les achats importants, dont l’indicateur diminue de quatre points. Pour la consommation, ce dernier élément est particulièrement sensible car il peut annoncer le report de dépenses coûteuses.
Le jugement sur l’économie française s’assombrit également. L’opinion concernant le niveau de vie futur recule de six points et celle sur le niveau de vie récent de trois points. Ce second indicateur tombe à son plus bas niveau depuis le lancement de l’enquête en octobre 1972. Dans le même temps, les anticipations de hausse du chômage progressent de cinq points et s’éloignent encore de leur moyenne historique.
L’inflation demeure au centre des préoccupations. Le solde mesurant la perception d’une forte hausse des prix sur les douze derniers mois gagne huit points, après une progression de six points en septembre. Les anticipations d’inflation pour les douze prochains mois augmentent aussi de deux points. Même sans mesurer directement l’inflation réelle, cette perception peut influencer les décisions d’achat et les revendications salariales.
Le climat de l’épargne résiste mieux. Son indicateur perd deux points mais reste à 118, nettement au-dessus de sa moyenne de longue période. La proportion de ménages jugeant le moment opportun pour épargner recule cependant de six points pour le deuxième mois consécutif, et l’opinion sur la capacité d’épargne future baisse de trois points. Le signal est donc double : le réflexe de prudence reste fort, mais les marges financières commencent à se réduire.
Pour l’investisseur, ces données constituent un avertissement pour les entreprises très dépendantes de la consommation française, notamment lorsque leurs produits peuvent être différés. Un moral faible peut peser sur les volumes, les promotions et les marges. À l’inverse, un taux d’épargne élevé peut continuer à soutenir les dépôts bancaires, les livrets et certains placements prudents, sans garantir une hausse des flux vers les actions.
Il faut néanmoins éviter de tirer une conclusion définitive d’un seul mois. L’enquête repose sur environ 2 000 ménages interrogés entre le 25 septembre et le 19 octobre, et l’Insee a révisé à la baisse les données de septembre. Les prochains indicateurs de consommation, d’emploi et de prix permettront de vérifier si ce pessimisme se traduit réellement dans les dépenses.


