Les segments les plus fragiles du crédit américain envoient un avertissement au marché du crédit privé. La prime de rendement exigée sur les prêts notés CCC a atteint 2 449 points de base la semaine dernière, selon PitchBook, soit environ 280 points de plus qu’à la fin septembre. Il faut remonter à mai 2009 pour retrouver un niveau supérieur. Cette envolée indique que les investisseurs anticipent davantage de pertes chez les entreprises très endettées.
Le risque apparaît aussi dans la mesure des défauts. Moody’s estime que 5,8 % des emprunteurs de crédit privé qu’elle évalue sont en défaut si l’on inclut les reports d’intérêts et les prolongations d’échéance accordés pour difficultés financières. Le taux officiellement déclaré n’est que de 4 %. Cette différence montre que certaines restructurations temporaires peuvent retarder la reconnaissance d’un problème sans améliorer la capacité de remboursement.
L’échéancier renforce la vigilance. Les emprunteurs les plus fragiles représenteraient plus de la moitié des prêts arrivant à maturité en 2027 et 2028. Si les taux restent élevés ou si l’activité ralentit, leur refinancement pourrait devenir plus coûteux, voire inaccessible. Les prêteurs devront alors choisir entre prolonger les maturités, accepter une baisse de valeur ou prendre le contrôle d’actifs difficiles à céder.
Les sociétés de développement des entreprises cotées, ou BDC, reflètent déjà ce risque. D’après KBW, elles se négocient autour de 0,72 fois leur valeur nette d’actif, contre une moyenne historique de 0,92. Le cabinet estime que cette décote suggère environ 9,1 % de pertes supplémentaires sur les portefeuilles, en plus des 2 % déjà enregistrés au deuxième trimestre. Les résultats attendus début novembre permettront de voir si les incidents restent concentrés ou se diffusent.
Autre signal, les intérêts payés en nature, qui s’ajoutent au capital au lieu d’être versés en espèces, représentent environ 11 % des revenus d’intérêts des prêts directs selon Allianz Research. C’est deux fois leur point bas de fin 2022. Les prêts concernés auraient 2,8 fois plus de probabilité de devenir non productifs. Plus inquiétant, 55 % de ces intérêts PIK auraient été ajoutés après l’octroi initial du prêt, ce qui peut traduire une détérioration de la trésorerie.
Pour l’investisseur, des décotes importantes peuvent créer des opportunités, mais elles ne sont pas automatiquement synonymes de valeur. Il faut distinguer les BDC disposant de provisions suffisantes, d’un financement solide et de portefeuilles diversifiés de celles exposées aux emprunteurs les plus vulnérables. Les nouveaux prêts offrent désormais des marges de 475 à 500 points de base au-dessus du SOFR et de meilleures protections, mais ce rendement rémunère un risque de crédit réellement accru.


