Techniquement, la définition de récession exige deux trimestres consécutifs de contraction du PIB ; la France n'y est pas encore mais s'en approche. Les estimations de l'Insee montrent une stagnation au deuxième trimestre après un recul de 0,2 % en début d'année, des données provisoires qui pousseront le comité de datation des cycles (CDCEF) à se réunir pour statuer sur la présence d'une récession en utilisant la durée, l'amplitude et la diffusion du ralentissement.

L'économie subit une conjonction de chocs : hausse des prix du pétrole liée à la fermeture du détroit d'Ormuz, vague de chaleur et sécheresse qui détériorent la production agricole et la construction, et perturbations commerciales. Selon l'OFCE, ces chocs ont réduit l'activité d'environ 0,8 %. Parallèlement, les politiques de réduction des déficits pèsent sur la demande domestique en réduisant les dépenses publiques et donc les revenus qui stimulent l'activité.

Les conséquences sociales et macroéconomiques sont palpables : près de 71 000 entreprises ont fermé en un an, l'emploi a reculé (50 000 salariés en moins au premier semestre) et le taux de chômage est reparti à la hausse (8,3 % fin août). Le pouvoir d'achat s'érode face à une inflation à 2,4 % sur douze mois fin août, et la pauvreté atteint un niveau record avec 15,4 % de la population sous le seuil de pauvreté.

Quelques éléments positifs subsistent : amélioration du climat de confiance, redémarrage de l'industrie soutenu par les exportations dans des secteurs-clefs (aéronautique, défense, pharmacie, etc.), résorption du déficit commercial et intentions d'achat automobile, notamment électrique. Mais ces signaux ne suffisent pas à compenser la montée de la dette et l'insuffisance de croissance pour restaurer les finances publiques.

Les projections restent prudentes : risque de récession accru mais considéré comme faible à ce stade. Les prévisions tablent sur une croissance très modeste autour de 0,5 % en 2026, insuffisante pour inverser la trajectoire du déficit et de la dette publique, qui pèse aussi sur le coût d'emprunt de l'État.