La France doit désormais offrir environ 104 points de base de rendement supplémentaire par rapport à l’Allemagne pour emprunter à dix ans. Ce seuil d’un point de pourcentage n’avait plus été franchi depuis la crise de la dette de la zone euro en 2012. Le mouvement intervient dans une phase de vente généralisée d’obligations, alimentée notamment par les craintes d’inflation et la remontée du pétrole au-dessus de 100 dollars le baril.
La dette française subit toutefois une pression plus forte que celle des autres grandes économies développées. L’écart avec l’Allemagne a doublé depuis les législatives anticipées de juin 2024, qui n’ont pas dégagé de majorité stable. Le pays a connu quatre Premiers ministres en deux ans, tandis que l’approche de l’élection présidentielle de 2027 et le vote du prochain budget entretiennent l’incertitude.
Le gouvernement vise un déficit de 5 % du PIB en 2027, contre 5,4 % en 2026, grâce à 54 milliards d’euros d’économies annoncées. Dans le même temps, la prévision de croissance pour 2026 a été ramenée à 0,5 %, après 0,7 % en juillet et 1 % initialement. Une croissance faible complique l’assainissement des comptes et rend plus sensible la hausse du coût de refinancement.
La conséquence est directe pour les finances publiques : les nouveaux emprunts deviennent plus chers et la charge d’intérêts, déjà devenue le premier poste de dépense budgétaire, continue d’augmenter. Le gouvernement prévoit un dépassement de 4,5 milliards d’euros cette année par rapport à ses estimations, puis une nouvelle hausse de 10 milliards l’an prochain. Certains analystes estiment que le spread pourrait se stabiliser après son mouvement rapide, mais une nouvelle crise politique ou l’absence de budget pourrait le creuser davantage ; Société Générale n’exclut pas un passage à 120 points de base.


