Depuis le 26 juin, un agriculteur et sa compagne cadre bancaire, propriétaires d’une maison près de Montdidier (Somme), vivent sous la menace après la publication de leur adresse sur le darknet. Trois tentatives d’intrusion visant prétendument à récupérer des cryptomonnaies se sont succédé en un mois. Les agresseurs croyaient s’adresser aux anciens occupants, retraités détenant une importante fortune en crypto ; en réalité, le couple n’en possède pas.
La deuxième effraction a dégénéré : l’un des occupants a été ligoté et l’autre violemment frappé, avant que les assaillants ne repartent en constatant l’erreur. Lors du dernier épisode, le 17 juillet, une alarme a fait fuir les malfaiteurs. Deux suspects âgés de 20 et 21 ans, présentés devant le tribunal d’Amiens, ont été identifiés et placés en détention provisoire. Ils ont reconnu les faits malgré un casier judiciaire vierge.
Les rôles et rémunérations évoqués donnent une idée du mode opératoire : l’un devait « ouvrir la porte » pour une promesse de 15 000 à 30 000 euros, l’autre — un chauffeur de VTC — touchait 300 euros pour mener une équipe de quatre. Les deux prévenus ont expliqué avoir agi par « manque de lucidité, bêtise et appât du gain ». Le tribunal a prononcé des peines de trois ans de prison (dont un an et demi ferme) et de 18 mois (dont neuf mois ferme).
Face à la recrudescence de ce type d’affaires — le ministre de l’Intérieur a comptabilisé 77 faits de séquestration, enlèvement, extorsion ou tentatives depuis le début de l’année — l’Etat affirme avoir renforcé son dispositif. Laurent Nuñez présente un plan en trois axes : renforcement des échanges de renseignement, création d’un réseau d’experts filière/Etat et meilleure coordination opérationnelle internationale. Le couple, traumatisé, envisage de vendre la maison, estimant ne plus être en sécurité.

