Les derniers chiffres de la Banque centrale de Tunisie, relayés par l'économiste Aram Belhadj, montrent une fuite massive de cash : la monnaie fiduciaire circulant en dehors du réseau bancaire a augmenté de 4,2 millions de dinars par jour (mentionnés comme « plus de 4 milliards »), l'encours dépassant désormais 30 milliards de dinars. Belhadj qualifie ce niveau de record et juge qu'il ne s'explique ni par la seule saisonnalité ni par des facteurs conjoncturels temporaires.
Il identifie trois dynamiques principales qui se recoupent : l'expansion d'une économie parallèle opérant quasi-exclusivement en espèces, une défiance persistante envers les établissements bancaires et un système de paiement numérique encore incapable de couvrir une large part de la population. Ce cocktail, selon lui, transforme la circulation du cash en phénomène durable et structurel plutôt qu'en simple anomalie passagère.
Les conséquences évoquées sont en chaîne et cumulatives. La politique monétaire perd de son efficacité si elle n'agit que sur « la moitié de l'économie »; les recettes fiscales s'érodent car une part importante de la richesse circule hors du circuit officiel et échappe à l'impôt; enfin, l'investissement privé se contracte sous la pression d'une concurrence inéquitable entre secteurs formel et informel.
Pour y remédier, Belhadj rejette les réponses purement répressives et propose un ensemble d'actions : numérisation immédiate des paiements de l'État, instauration d'un plafond obligatoire pour les transactions en espèces et réforme fiscale visant à rendre l'intégration dans l'économie formelle attractive plutôt que pénalisante. Il avertit que chaque jour sans intervention coûte à l'économie tunisienne plus que les 4,2 millions de dinars journaliers constatés.
Cette analyse met en lumière un défi simultanément monétaire, fiscal et structurel pour la Tunisie, centrant le débat sur l'articulation entre modernisation des paiements, confiance envers le système bancaire et politiques publiques incitatives.


