Installée dans le centre de la bande de Gaza, la banque de semences d'Al-Qarara opère désormais depuis une petite tente où des étagères accueillent des boîtes en plastique, des sacs en toile de jute et des fûts protégeant des semences locales. Le projet, lancé en 2017 avec le soutien du Comité international de la Croix-Rouge, vise à préserver des variétés traditionnelles — blé, orge, blette, épinards, persil, courgette, gombo — capables d'être ressemées d'une année sur l'autre et mieux adaptées aux conditions locales.
Les semences traditionnelles ont joué un rôle vital durant le conflit : selon Salem Muhanna, qui dirige le projet, elles ont permis de maintenir des rendements stables, 80 à 90 % d'une année sur l'autre. Mais la banque a subi des destructions massives pendant la guerre déclenchée en octobre 2023 et n’a conservé qu’une partie des stocks. Hanadi Muhanna relate la perte de nombreuses variétés et les difficultés liées aux déplacements successifs des membres de l'équipe.
La situation agricole de Gaza reste critique. Avant 2023, agriculture et pêche représentaient environ 10 % de l'économie locale selon la FAO; après les destructions, seules 3 % des terres cultivées sont à la fois accessibles et épargnées. Les restrictions sur l’entrée des marchandises ont privé les agriculteurs d’eau, d’engrais et d’intrants, réduisant aujourd’hui la capacité de production de légumes à, au mieux, 10 % des besoins de la population de plus de deux millions d’habitants.
Fonctionnant sur un système de prêt, la banque remet des semences à des agriculteurs de confiance qui les restituent en fin de saison, ce qui a permis à certains de constituer un panier alimentaire local malgré les coupures d'approvisionnement. Pour le CICR et les responsables locaux, le projet conserve non seulement une capacité de production sur les terres encore exploitables, mais aussi le patrimoine agricole de Gaza, une « lueur d'espoir » face à une situation agricole assombri par la guerre et les restrictions.


