Universal Music Group a mené des discussions préliminaires avec plusieurs grands acteurs du capital-investissement afin d’étudier un éventuel retrait de la cote. Apollo Global Management, Blackstone et TPG auraient figuré parmi les interlocuteurs. Ces échanges, réalisés avec l’aval du conseil d’administration, n’ont toutefois donné lieu ni à une offre, ni à un processus formel de vente.
L’intérêt de ces discussions réside surtout dans la question de la valorisation. L’action Universal Music a perdu environ 29 % depuis le début de l’année et évolue sous son niveau d’introduction en Bourse de 2021. Cette trajectoire contraste avec les prix élevés observés lors de transactions privées portant sur des catalogues musicaux et des droits de propriété intellectuelle. Le groupe conserve pourtant une position commerciale majeure, puisqu’il représentait neuf des dix artistes les plus vendus dans le monde l’an dernier.
Un éventuel rachat serait complexe à structurer. La famille Bolloré contrôle plus de 30 % du capital à travers Vivendi et ses participations familiales. Tencent détient pour sa part environ 11 %. Aucun de ces deux actionnaires n’a exprimé l’intention de vendre. Cyrille Bolloré avait en outre estimé en mai que l’action était significativement sous-évaluée et exclu une cession précipitée.
Le dossier intervient après une autre tentative restée sans suite. Bill Ackman avait proposé plus tôt dans l’année d’acquérir Universal Music et de transférer sa cotation aux États-Unis, une initiative repoussée par le conseil. La répétition de ces scénarios traduit une tension entre la valeur industrielle des actifs et la décote appliquée par le marché coté.
Cette décote s’explique en partie par des interrogations sur la croissance future. Le streaming ralentit sur certains marchés occidentaux arrivés à maturité. Les distributeurs indépendants gagnent aussi du terrain grâce à des conditions plus flexibles. À cela s’ajoute le risque lié à l’intelligence artificielle, avec la multiplication de contenus musicaux synthétiques susceptibles de diluer les audiences et les redevances. La direction assure avoir anticipé les contenus non autorisés et la fraude, mais l’impact économique reste difficile à quantifier.
Pour l’investisseur, les discussions avec les fonds peuvent soutenir une prime spéculative, sans constituer à ce stade un véritable catalyseur transactionnel. Une opération exigerait l’accord des grands actionnaires, un financement considérable et une valorisation suffisamment attractive. En l’absence d’offre formelle, la performance du titre dépendra surtout de la croissance des abonnements, de la monétisation des catalogues et de la capacité du groupe à protéger ses droits face aux usages de l’IA.


