Comparer les conditions économiques des baby-boomers à celles des jeunes actifs impose de distinguer plusieurs périodes et plusieurs catégories sociales. Sur le logement, le rapport entre prix et revenus est resté relativement stable de 1965 à 2000, alors qu’au début de 2026 il se situait environ 55 % au-dessus de sa tendance de long terme. Pour financer un bien comparable, la durée moyenne du crédit est passée d’environ quinze ans autrefois à 23 ans et quatre mois au début de 2026.
Les taux nominaux racontent pourtant une autre histoire. Ils atteignaient 8 % à 10 % dans les années 1970 et jusqu’à 16 % ou 17 % au début des années 1980, dans un contexte où l’inflation avoisinait 10 %. Le taux moyen récent de 3,32 % est nettement plus bas, mais il s’applique à des prix rapportés aux revenus beaucoup plus élevés. La part des moins de 30 ans propriétaires n’a pas suivi une dégradation linéaire : 15,1 % en 1984, 13,6 % en 2013 et 17,2 % au début de 2024. En revanche, parmi les ménages modestes âgés de 25 à 44 ans, le taux de propriétaires est tombé de 34 % en 1973 à 16 % en 2013.
Sur le travail, le salaire net d’entrée annuel n’aurait augmenté que d’environ 11 % entre les entrants de 1975-1980 et ceux de 2009-2011, tandis que les dépenses contraintes sont passées de 19,4 % du revenu disponible brut en 1970 à 30,3 % en 2024. Le chômage des jeunes, à 7,9 % en 1975, atteignait 19,8 % en 2025 et 21,6 % au deuxième trimestre 2026. La précarité a aussi progressé : les emplois temporaires concernaient 18,7 % des moins de 25 ans en 1982, contre 56,9 % en 2021.
La retraite complète le contraste. Une personne née en 1950 pouvait partir à 60 ans avec 40,5 années de cotisation, alors qu’une personne née en 2000 doit viser au minimum 64 ans et 43 années. L’effort contributif estimé monte de 23,6 % pour la génération 1955 à 28 % pour celle de 2000. Pour l’investisseur, ces écarts structurent la demande de logement, l’épargne, la consommation et les transferts patrimoniaux. Ils suggèrent de raisonner par cohortes et niveaux de revenu plutôt que par opposition uniforme entre générations.

