À Shaoshan, village du Hunan où Mao est né en 1893, des centaines de visiteurs se sont réunis mercredi pour rendre hommage au fondateur de la République populaire, mort le 9 septembre 1976. Une statue de 10 mètres a été le point focal : des couronnes de chrysanthèmes, des bouteilles d’alcool et des cigarettes ont été déposées tandis que des files de pèlerins patientaient pour s’incliner solennellement devant l’effigie. Mardi soir, environ un millier d’admirateurs avaient déjà organisé une cérémonie émue.

La commémoration mêlait objets d’époque et ferveur contemporaine : vieux portraits, exemplaires du Petit Livre rouge, chants révolutionnaires et slogans « Vive le président Mao ! » figuraient parmi les reliques brandies par la foule. Des bus entiers de touristes, dont de nombreux étudiants et de jeunes salariés, ont convergé vers le site devenu attraction touristique ; des échoppes locales écoulent badges, figurines et vêtements à l’effigie du dirigeant.

Le discours dominant reste ambivalent. Si le Parti communiste chinois présente Mao comme « un grand révolutionnaire prolétarien » et un artisan de l’indépendance nationale, la période 1949-1976 est aussi associée, selon les historiens, à des dizaines de millions de morts — notamment lors du Grand Bond en avant et de la Révolution culturelle. Certains visiteurs reconnaissent ces aspects controversés : « La Révolution culturelle [est] controversée », dit le jeune Deng, qui voit toutefois dans Mao « un cheminement difficile » pour trouver une voie pour la Chine.

La commémoration reflète enfin une dynamique sociale : face aux pressions contemporaines — logement, emploi, coût de l’éducation — une nostalgie pour des idéaux égalitaires se développe chez des citoyens en quête de réponses. Pour beaucoup, Mao reste un symbole omniprésent de la nation, visible sur billets, porte-bonheurs et la place Tiananmen, et sa mémoire demeure un élément structurant du récit officiel et de l’imaginaire collectif.