Kalshi a lancé le 16 juillet un pilote de marchés prédictifs couvrant 13 contrats initiaux, en association avec la société d’analyse AppliedXL. Les contrats portent sur l’atteinte des critères principaux d’essais cliniques de phase 3 et sur des décisions d’autorisation de mise sur le marché par la FDA, concernant notamment des molécules de Sanofi et de Gilead. La société affirme que ces marchés fourniraient une probabilité publique continue, plus informative que les communiqués d’entreprise, et limite pour l’instant l’offre aux essais de phase 3 menés par des laboratoires établis et aux autorisations pleines et entières.

Kalshi a mis en place des restrictions: pas d’ouverture de marché avant la clôture des inclusions, vérification d’employeur et déclaration d’absence d’information privilégiée, ainsi qu’un livre blanc avec avis de cliniciens, universitaires et bioéthiciens. Le pilote reste toutefois de faible ampleur: le volume initial est de l’ordre de 100 000 dollars, plus proche de la curiosité de particuliers que d’un afflux institutionnel.

Les oppositions soulignent des risques méthodologiques et déontologiques. Robert Califf juge qu’un marché de paris sur un essai randomisé en cours viole la conduite scientifique, car une probabilité publique peut modifier le comportement des participants ou des investigateurs et biaiser les résultats. Nicholas Zaorsky rappelle que les délits d’initiés sont souvent découverts trop tard pour préserver l’intégrité des essais. La question éthique est illustrée par des patients engagés dans des protocoles — comme Walter Ingaharro Jr. — et par des témoignages publics, dont celui de Joshua Pederson.

L’argument réglementaire met en relief la différence d’autorité: Kalshi relève de la CFTC tandis que la majeure partie de la détection des délits d’initiés est assurée par la SEC, plus resserrée. Par contraste, Polymarket, en architecture décentralisée et pseudonyme, permet la participation hors de la juridiction américaine et ne comporte pas les mêmes contrôles. Une pétition demandant l’interdiction des paris sur le développement des médicaments avait réuni un peu plus de 180 signatures au moment de l’enquête.

Au-delà de Kalshi, l’affaire pose la question générale de la financiarisation de la médecine expérimentale: avec plus de 90 % des molécules de phase 1 qui n’atteindront jamais le marché, l’incertitude crée une valeur spéculative, mais cette incertitude concerne des patients réels et soulève des enjeux éthiques inédits pour les marchés prédictifs.