Wells Fargo adopte une position plus prudente sur les valeurs industrielles exposées à la construction de centres de données. La banque a réduit les multiples de valorisation qu’elle applique aux fabricants de machines, après l’apparition de tensions sur le financement des investissements liés à l’intelligence artificielle.

Jusqu’à présent, l’analyse du secteur se concentrait surtout sur les contraintes physiques : disponibilité des équipements, permis environnementaux et délais de livraison. Wells Fargo supposait que les capitaux resteraient accessibles. Les indicateurs de risque de crédit suivis depuis septembre remettent cette hypothèse en cause et pourraient affecter les dépenses prévues pour 2028 et 2029.

La dynamique actuelle reste pourtant forte. En septembre, la valeur des mises en chantier de centres de données a augmenté de 180 % sur un an, tandis que les surfaces progressaient de 70 %. L’écart reflète une hausse de 65 % du contenu par mètre carré, liée à une plus forte densité informatique et à des besoins supérieurs en énergie, refroidissement et équipements mécaniques.

Wells Fargo anticipe pour 2027 une croissance de 9,5 % de la construction privée non résidentielle. Cette estimation intègre une hausse de 35 % des dépenses consacrées aux centres de données. Le scénario suppose aussi une reprise des investissements dans les semi-conducteurs, dont les plans de dépenses afficheraient une progression supérieure à 90 % en 2027.

La visibilité se dégrade toutefois au-delà de 2028. Les délais de livraison des équipements de production d’énergie dépassent désormais la fenêtre habituelle de 18 mois associée aux permis. Les contrôles réalisés sur le terrain indiquent de nouveaux allongements au troisième trimestre. Le risque est qu’une partie des projets soit retardée ou redimensionnée si le financement devient plus coûteux.

Toutes les entreprises industrielles ne sont pas exposées de la même façon. Les sociétés de location de matériels de construction pourraient bénéficier de capacités limitées et du retour d’investissements dans la production américaine de semi-conducteurs. Leurs marges sont redevenues positives au troisième trimestre. Les acteurs des services environnementaux disposent également d’un pouvoir tarifaire élevé, les deux premiers groupes contrôlant en moyenne 91 % de leur marché.

Pour l’investisseur, la demande liée à l’IA reste donc porteuse, mais elle ne suffit plus à justifier des valorisations élevées. Il faut distinguer les entreprises bénéficiant de commandes proches et financées de celles dont la croissance dépend de projets prévus à longue échéance.

La principale incertitude concerne la disponibilité du crédit en 2028 et 2029. Si les coûts de financement continuent de monter, les multiples pourraient se contracter avant même que les volumes de commandes ralentissent. À l’inverse, une stabilisation du crédit préserverait le scénario de croissance de la construction et des équipements.