La forte correction des valeurs liées à l’intelligence artificielle ne produit pas une lecture unique chez les analystes. Certains y voient une occasion d’achat, tandis que d’autres réduisent leurs recommandations sur des entreprises confrontées à des risques propres. Cette divergence invite à distinguer le thème de l’IA de la qualité de chaque dossier.

Le mouvement de marché a été brutal. Le S&P 500 a perdu 4,4 % lors de la séance de jeudi, sa pire journée depuis le choc tarifaire d’avril 2025, et le Nasdaq a reculé de 5,5 %, entrant en zone de correction. Yardeni Research considère pourtant cette baisse comme excessive. Le cabinet estime que les résistances politiques aux nouveaux centres de données ralentiront les investissements sans remettre en cause la demande structurelle de puissance de calcul.

Le risque réglementaire n’est toutefois pas négligeable. Un sondage de sortie des urnes cité par Yardeni indique que 76 % des électeurs interrogés s’opposent à de nouvelles installations près de chez eux. Le Texas représenterait près de 30 % des ajouts de capacité américains prévus en 2028, alors que sa nouvelle gouverneure a promis de suspendre les nouvelles autorisations. Goldman Sachs estime que les États susceptibles d’imposer des restrictions concentrent environ 45 % de la capacité américaine planifiée. Les calendriers et les lieux de construction pourraient donc changer.

Les recommandations sur Marvell illustrent un autre type de risque. TD Cowen et Bank of America ont dégradé le fabricant après l’annonce du rachat de Lumentum, entièrement payé en actions. TD Cowen a ramené son objectif de cours de 350 à 175 dollars et anticipe une dilution du bénéfice par action dès 2028. Bank of America a abaissé son objectif de 400 à 225 dollars, évoquant une clôture réglementaire lointaine, une accrétion limitée et le risque d’acheter au sommet d’un cycle de composants optiques.

Citi adopte aussi une position prudente sur le thème. La banque préfère actuellement les actions européennes aux américaines, estimant que les inquiétudes sur le financement de l’IA et la baisse du pétrole favorisent une rotation. Elle juge néanmoins que les centres de données seront construits, mais probablement à un rythme et selon des configurations différents.

Adobe constitue enfin un cas spécifique. Citi a abaissé sa recommandation à Vente et son objectif à 207 dollars, en raison d’un risque de ralentissement de la croissance, d’une transition de direction et d’une concurrence accrue des outils natifs de l’IA. La banque prévoit une croissance du revenu annuel récurrent de 5,3 % en 2027 puis 4,5 % en 2028, sous les attentes du marché.

Pour l’investisseur, la baisse généralisée ne justifie donc pas un achat indifférencié. Les gagnants potentiels seront ceux capables de financer leurs infrastructures, préserver leurs marges et convertir l’IA en revenus durables malgré les contraintes réglementaires.