Air Liquide veut accélérer sans renoncer à sa discipline financière

Avec son programme Beyond, Air Liquide affiche des objectifs qui dépassent la simple progression de l'activité industrielle. Le groupe vise en moyenne 5 % de croissance annuelle de son chiffre d'affaires et 10 % de hausse du bénéfice récurrent par action à horizon 2030. L'écart entre ces deux chiffres résume l'ambition : la rentabilité doit croître sensiblement plus vite que les ventes.

L'entreprise prévoit parallèlement un retour sur capitaux employés supérieur à 11 % en 2030. Cette mesure est essentielle pour un acteur qui finance des installations industrielles lourdes, souvent assorties de contrats de long terme. Elle permet d'apprécier si les nouveaux investissements produisent suffisamment de valeur au regard du capital mobilisé.

L'électronique et l'IA prennent davantage de poids

Le développement des semi-conducteurs et des centres de données multiplie les besoins en gaz spéciaux, en technologies de purification et en solutions de haute précision. Le pôle électronique, qui représente aujourd'hui autour de 10 % des revenus du groupe, est appelé à croître d'environ 10 % par an pendant le plan. Ce moteur donne à Air Liquide une exposition indirecte à la révolution de l'intelligence artificielle, sans dépendre exclusivement des ventes de composants électroniques.

La contrepartie est un effort d'investissement important. Les décisions d'investissement pourraient totaliser 24 milliards d'euros d'ici à 2030, soit une moyenne annuelle de 4,8 milliards. Il faudra donc veiller à ce que le développement des projets se traduise effectivement en chiffre d'affaires, en marge et en trésorerie.

Quatre milliards d'euros pour les actionnaires

Autre nouveauté : un programme de rachats d'actions de 4 milliards d'euros est prévu sur 2027 et 2028. Il représenterait environ 3,7 % du capital sur la base annoncée. En réduisant le nombre d'actions en circulation, un rachat peut soutenir le bénéfice par action, à condition de ne pas être exécuté à des valorisations excessives et de préserver les capacités d'investissement.

La direction met également en avant une amélioration cumulée de la marge opérationnelle de 400 à 600 points de base pendant la période. Si cette trajectoire se concrétise, le marché pourrait accorder une prime plus élevée au groupe. Mais une bonne entreprise n'est pas automatiquement une bonne action à n'importe quel prix.

Les indicateurs qui permettront de juger le plan

Le premier test sera la croissance organique, afin de distinguer le dynamisme réel des effets de change et d'acquisition. Le deuxième sera le retour sur capitaux employés, qui doit confirmer la qualité des investissements. Le troisième sera la conversion des bénéfices en cash-flow disponible, indispensable pour financer à la fois les nouveaux projets et la rémunération des actionnaires.

Air Liquide présente ainsi un profil intéressant pour un portefeuille de long terme : activités diversifiées, exposition à l'industrie et à l'électronique, visibilité contractuelle et discipline affichée. Le principal risque reste celui d'une valorisation trop généreuse au regard d'objectifs encore à exécuter.

Les objectifs évoqués sont prospectifs et comportent des incertitudes. Tout investissement en actions présente un risque de perte en capital.